Les salariés du Granit rejettent un « mariage forcé » avec le CCN

Les problèmes de gouvernance ne sont pas réglés au Granit. Le rapprochement envisagé avec le centre chorégraphique national de Belfort ne sied gère aux salariés de la scène nationale. Qui dénoncent une précipitation.

Les problèmes de gouvernance ne sont pas réglés au Granit. Le rapprochement envisagé avec le centre chorégraphique national de Belfort ne sied guère aux salariés de la scène nationale. Qui dénoncent une précipitation.

Le rideau va-t-il enfin tomber sur les déboires de gouvernance du Granit ? Après un mariage avorté, consommé au mois de février, on pensait que la scène nationale belfortaine allait repartir sur de bonnes bases. Un recrutement au poste de direction a même été lancé. Mais le 21 juin, dans la publication spécialisée La Lettre du spectacle, les salariés du Granit découvrent qu’un nouveau projet est envisagé à Belfort ; le rapprochement avec le centre chorégraphique national. Une perspective qui ne laisse « aucune chance aux autres candidats de proposer un projet pour la structure », déplorent les salariés du Granit dans une tribune rédigée le 27 juin. Ils ont manifesté leur mécontentement en accrochant une banderole sur la façade du théâtre. Un fâcheux sentiment de retour en arrière se ressent dans les équipes. Et le malaise est palpable. On parle de « mariage forcé ».

Les salariés du Granit s’inquiètent fortement et sont surpris des informations relayées. On parle d’un partage des locaux à Belfort entre le CCN et le Granit. Ce qui n’est pas le cas. On évoque des « ajustements ». « De quels ajustements s’agit-il précisément », interpellent les salariés, qui craignent, à terme, la perte du label scène nationale. L’article de presse évoque également une manière de donner de la « souplesse au système des labels ». « N’est-ce pas la porte ouverte à toutes dérives concernant les lieux labellisés en France ? Plus précisément, s’agit-il de supprimer un des deux labels ? Ce point nécessite des éclaircissements », précise la tribune.

Perte d’identité

Les salariés regrettent surtout l’image présentée de la scène belfortaine : avec des problèmes d’argent et proche de Montbéliard. « Le Granit n’a pas eu de baisse de financement depuis 2017 et a même bénéficié de 35 000 euros d’augmentation de la Région Bourgogne-Franche-Comté, répondent-ils. Preuve en est avec la programmation 2019/2020 qui maintient l’offre avec 57 spectacles pour plus de 100 représentations. À titre comparatif, 48 spectacles et 81 représentations étaient programmées en 2017/2018. » Les salariés rappellent également l’engouement du public pour la prochaine programmation, citant les chiffres de ventes, impressionnants pour la période.

Les salariés regrettent les silences autour de la gouvernance de la scène nationale. Ils craignent que l’établissement perde son identité, au profit de la danse. « La singularité de la scène nationale de Belfort tient dans sa pluridisciplinarité avec un accent mis sur le théâtre, détaillent les salariés. Ainsi, le public a la possibilité d’avoir dans son environnement local des lieux complémentaires qui ont chacun leur spécificité de programmation : le Granit, MA scène nationale tournée vers la danse, un CCN, un théâtre de marionnettes et deux compagnies professionnelles. »

Effet boule de neige ?

L’équipe du Granit a une nouvelle fois le sentiment que l’on précipite les choses. Et redoute surtout que cette volonté de mutualisation ne fasse un effet boule de neige ailleurs. « L’ensemble de l’équipe demande aux élus locaux de définir des objectifs conformes au cahier des charges d’une scène nationale et appelle l’ensemble de la profession à se manifester, afin que la scène nationale de Belfort ne soit pas le premier cas d’une longue liste d’affaiblissements culturels et ne disparaisse pas du paysage terrifortain », concluent les salariés dans leur tribune.

Selon nos informations, le comité de sélection devait se réunir aujourd’hui. Et une direction devait être choisie. À l’heure où nous écrivons ces lignes, cela ne semble plus d’actualité.