« Le développement à l’international passe par la maîtrise des codes culturels »

 Le pôle métropolitain Nord-Franche-Comté a sollicité l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), un établissement public, pour développer une offre de formation continue accessible aux entreprises.

Le pôle métropolitain Nord-Franche-Comté a sollicité l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), un établissement public, pour développer une offre de formation continue accessible aux entreprises. Des formations autour des langues et des cultures orientales, afin de favoriser leur internationalisation. Entretien avec Julien Vercueil, vice-président de l’Inalco, en charge des relations avec les partenaires socio-économiques.

Pour la première fois, l’Inalco développe une offre de formations en province (hors formations dématérialisées). Quelles sont les raisons ?

Nous avons été sollicités par le pôle métropolitain Nord-Franche-Comté pour proposer une offre de formations en synergie avec celle qui existe déjà sur place. Nous avons noté que la région Bourgogne-Franche-Comté était prête à soutenir très concrètement le projet. Nous en avons conclu qu’il y avait un intérêt fort pour nos formations dans votre région et qu’il nous fallait répondre à cet intérêt en proposant, dans un premier temps, notre offre de formation continue aux personnes et aux entreprises qui sont en recherche de compétences sur nos domaines. Nous sommes en effet un institut national, dont la vocation n’est pas uniquement de rayonner sur la région parisienne. 

Dans quelle mesure se former aux langues orientales et aux cultures inhérentes est important pour développer son activité ?

Le développement à l’international passe par la maîtrise des codes culturels des interlocuteurs (les partenaires, les fournisseurs, les représentants de l’administration et les clients) de l’entreprise. Il nécessite également de prendre en compte l’environnement régional, dans ses dimensions économiques, mais aussi sociales et géopolitiques. Les entreprises qui pensent pouvoir réussir à l’export en ignorant ces dimensions prennent des risques importants sur le long terme, car elles seront confrontées à des besoins qu’elles n’auront pas su voir venir et des concurrents qui auront pris ce virage de la connaissance fine du contexte local avant elles. Les dirigeants, mais aussi les cadres et l’ensemble des équipes impliquées dans le développement international, tirent avantage d’une bonne connaissance de l’environnement local : ils sont capables d’apporter un « plus » dans leur relation avec leur partenaire, ils interprètent plus intelligemment les évolutions régionales et ils s’enrichissent culturellement, ce qui rejaillit sur leur image.

L’Inalco en chiffres

  • 104 langues et civilisations enseignées, non parlées en Europe
  • 9 000 étudiants accueillis chaque année
  • 3 000 enseignements, assurés par 350 enseignants
  • 120 nationalités parmi les enseignants et les étudiants
  • 15 millions d’euros de budget annuel
  • 12 départements d’enseignements : Afrique et Océan Indien, Asie du Sud et Himalaya, Asie du Sud-Est et Pacifique, études arabes, études chinoises, études coréennes, études hébraïques et juives, études japonaises, études russes, Eurasie, Europe, Langues et cultures des Amériques
  • 5 filières professionnelles : le commerce international ; les relations internationales ; la communication et la formation interculturelles ; la didactique des langues ; et un département consacré aux textes, à l’informatique et au multilinguisme.

Quel type de « codes » culturels sont transmis aux apprenants ?

Il n’est pas possible de répondre à cette question dans sa globalité : nous enseignons 104 langues et civilisations à l’Inalco. Mais des exemples peuvent être trouvés dans la manière de conduire une négociation, la façon de penser le recrutement des collaborateurs locaux et les rapports hiérarchiques au sein des organisations, les différences entre les codes de comportement du secteur privé et du secteur public, le rapport aux questions de financement, la relation à la culture d’entreprise occidentale, les différences régionales à l’intérieur d’un même pays, etc. 

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La Région Bourgogne-Franche-Comté peut aider les entreprises à proposer ces formations à leurs salariés en prenant en charge 30 à 50 %, selon la taille de l’entreprise, des coûts pédagogiques de la formation dans la limite de 4 jours d’intervention, avec un plafond de 1 000 euros HT par jour. Cette aide s’inscrit dans le programme « Soutien à la formation des salariés dans les entreprises en développement ».

Si le nord Franche-Comté est connu pour ses locomotives industrielles (PSA, Alstom, General Electric, Lisi…), le tissu industriel est surtout composé de PME pour lesquelles les contraintes d’organisation sont importantes. Comment l’Inalco peut s’adapter au rythme de ces PME pour qu’elles puissent, elles aussi, bénéficier de vos connaissances et expertises et envisager de nouveaux marchés à l’export ?

Le monde de l’entreprise est celui de l’industrie et de la standardisation, mais c’est aussi celui du sur-mesure. Il est possible de proposer des formations liant une partie en présentiel et une partie à distance, une partie en inter-entreprises et une partie en intra-entreprise, une partie en séminaires bloqués sur trois jours et une partie perlée sur plusieurs semaines. L’Inalco travaille déjà, en région parisienne, avec des PME, dont les modalités d’organisation sont effectivement spécifiques. Notre approche sera celle du cas par cas.

Cette dimension culturelle est-elle bien prise en compte par les entreprises aujourd’hui ?

Le problème numéro 1, pour l’instant, est plutôt le fait que nombre d’entreprises françaises qui pourraient se développer à l’international ne le font pas : elles sont près de deux fois moins nombreuses que leurs homologues italiennes, et trois fois moins nombreuses que les allemandes. Une fois le pas franchi, c’est-à-dire après avoir formulé une stratégie claire en la matière, la question des différences culturelles ne doit pas être négligée. L’Inalco est spécialisé dans les cultures non occidentales, mais en dépit de la mondialisation et de plus de cinquante ans de construction européenne, les différences culturelles restent prégnantes entre la France et la Belgique, avec pourtant un fonds linguistique commun ! Les entreprises qui l’ont bien compris ne cherchent pas à tout intégrer de cultures dont la richesse n’a rien à envier à la nôtre, mais travaillent à identifier les points clés sur lesquels il faut se concentrer pour éviter les erreurs les plus fâcheuses : les règles de politesse dans la conduite des discussions, les rapports d’âge et de genre, la place du religieux, les références géopolitiques, etc. 

  • Pour des raisons de disponibilité, cette interview a été réalisée par mail. Les questions ont été adressées à Julien Vercueil, qui a répondu.

Favoriser la diversification des entreprises

Le pôle métropolitain pilote la dynamique Territoire d’industrie et le Campus métropolitain Belfort-Montbéliard. Cet établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel est justement au carrefour entre l’économie, le commercial et l’enseignement supérieur. C’est cette identité qui a encouragé le pôle à solliciter l’Inalco, symbole de cette symbiose entre enseignements académiques et économie. L’Inalco puise ses racines dans l’école des jeunes de langue, fondée en 1669 par Colbert, dans un esprit « humaniste » et « diplomatique », rappelle le pôle métropolitain dans un dossier de presse. Une réalité qui perdure aujourd’hui. L’Inalco porte ce nom depuis 1971. Plus d’un tiers des ambassadeurs français est passé par l’Inalco affirme le pôle métropolitain. L’actualité du bassin économique, liée au plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) à General Electric, appuie la nécessité, pour les entreprises, notamment sous-traitantes, à « élaborer des stratégies de diversification pour se pérenniser », insiste le pôle métropolitain. L’expertise de l’Inalco « doit permettre aux entreprises du territoire d’élargir le spectre de leurs clients potentiels ». La formation s’organise selon le cursus Licence-Master-Doctorat, mais l’Inalco délivre également des diplômes d’établissement à la suite de formations continues.

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