François Lanneau : « Roberto Fonseca innove sans arrêt »

La cinquième édition du festival de jazz Be bop or be dead se déroule les 8, 9 et 10 novembre. Une programmation, toujours exigeante, qui accueille l’icône cubaine Roberto Fonseca.

La cinquième édition du festival de jazz Be bop or be dead se déroule les 8, 9 et 10 novembre. Un évènement, toujours exigeant, qui accueille l’icône cubaine Roberto Fonseca. Retour sur cette programmation avec François Lanneau, le fondateur et directeur de la programmation du festival. Interview.

Be bop or be dead accueille cette année une icône du jazz, Roberto Fonseca…

C’est assez rare d’avoir de tel nom à Be bop or be dead, même si ce n’est pas la première fois qu’il vient à Belfort (Roberto Fonseca, le vendredi 8 novembre, au Granit, à 20 h, 18,9 ou 24,5 €). Je crois même que c’est la 3e fois. Nous avons un super accueil auprès des gens qui l’ont déjà vu et qui n’attendent qu’une chose, le revoir. Il présente un nouvel album, avec un nouveau trio. Ce que je trouve génial chez lui, c’est qu’il est en train de réécrire la musique cubaine.

Qu’est-ce qu’il représente dans le jazz ?

Il fait partie de ces jeunes artistes qui arrivent, sans renier les traditions, à être capable de réécrire la musique du futur. C’est vraiment le type qui innove sans arrêt, qui collabore avec des DJs et qui est aussi à l’aise avec les membres de Buena vista social club. Il sait tout faire.

En tête d’affiche, nous avons aussi Papatef. Il a la particularité d’être un batteur-DJ… Pouvez-vous décrire cet artiste original ?

Papatef (Dimanche 10 novembre, galerie Cheloudiakoff, à 18 h 30 15€) est ultra original, déjà par sa carrière, car il est très connu pour avoir joué plusieurs années avec Matthieu Chedid. Ce que l’on sait moins de lui, c’est qu’il a une grande carrière de musicien de jazz. Un jazz super exigeant. C’est un artiste complet. Pour ce projet, il a fait le pari de tout faire tout seul. Il a installé un drôle de système où il s’enregistre et joue sur de la musique. Il faut le voir pour le croire…

« Cela nous paraissait important d’être partie prenante et de ne pas seulement faire un chèque pour faire venir un artiste. Nous sommes une étape dans son développement »
François Lanneau
Fondateur de Be bop or be dead

C’est un peu le principe du festival Be bop or be dead…

Artistiquement, c’est indescriptible. Il enchaîne tous les styles qu’il apprécie : musique du Zaïre ; rap américain ; funk… Cela brasse tous les styles. C’est une machine à danser redoutable. Même moi, j’ai dansé (rire).

Traditionnellement, le festival programme une date à la galerie Cheloudiakoff. Il y en a trois cette année. Pourquoi ce marqueur fort ?

Cela nous a toujours plu de faire des concerts dans des lieux qui ne sont pas dédiés à ça. Nous voulions enfoncer le clou cette année. Nous nous y sentons bien. Nous avons toujours bénéficié d’un super accueil. Le lieu est super. Les gens qui ont vu ces concerts, nous les réclament aujourd’hui (la galerie accueille Lucky people, vendredi 8 nomvebre à 18h, et Emma-Jean Thackray, samedi 9 novembre à 18h, gratuit).

L’étoile du jazz Youn sun nah à Belfort

Be bop or be dead accueille le samedi 9 novembre l’étoile du jazz Youn sun nah (Granit, 20h, 18 ou 23 €). Cette étoile arrive de Corée du Sud et est double disque d’or. Sa voix est envoutante. C’est une artiste exceptionnelle que Be bop or be dead programme au Granit. Avec Immersion, elle « poursuit son exploration d’un répertoire toujours aussi riche de reprises rock, folk et pop, dont la densité bouleversante s’accompagne ici d’un savant mélange acoustique et électrique, de sonorités électro et de subtils arrangements de cordes ».

C’est une identité du festival…

Sans forcément travailler spécifiquement sur ce lieu-là, le regard extérieur qui a été posé sur nous, c’était ça… Une association idéale entre l’esthétique que nous proposons et ce lieu qui est aussi un lieu hybride. À la fois brut et qui cherche les artistes émergents, un peu originaux. Comme nous, la galerie Cheloudiakoff défriche.

En parlant de lieu insolite… Une nouvelle fois, Be bop or be dead va à la cathédrale, pour le concert de Tumulus.

C’est la troisième fois que nous y allons, après Tigran Hamasyan (octobre 2015) et Yom (novembre 2018). Tumulus (dimanche 10 novembre, cathédrale Saint-Christophe, 15h30, gratuit), c’est vraiment osé. C’est un pari. Nous allons encore plus loin dans l’audace par rapport à ce lieu qui est un lieu sacré, car on n’y fait pas n’importe quoi. Tumulus est un solo de saxophone préparé, amplifié. Tumulus, c’est Antoine Viard, qui est déjà venu jouer à Be bop or be dead dans d’autres formations (Ithak). C’est un premier prix du conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP). Il est devenu un référent sur la scène d’avant-garde, en France et au-delà. Il va faire un solo supersonique à la cathédrale.

 

Vous avez une volonté, cette année, de faire venir des groupes locaux…

Kolm est un groupe bourguignon (Bibliothèque municipale Léon-Deubel, 16h30, le samedi 9 novembre, gratuit). Nous avons aussi le groupe Lucky People (vendredi 8 novembre à 18h, à la galerie Cheloudiakoff, gratuit), de Haute-Saône. Nous avions la volonté d’être cohérent par rapport à notre discours. Nous ne pouvons pas seulement aligner de grands noms pour dynamiser la scène locale. Il faut travailler l’ancrage et raccrocher les wagons avec les publics et les autres acteurs.

Comment cela se matérialise-t-il ?

On a la chance d’avoir un relai dans cette sélection des artistes régionaux, qui est le centre régional du jazz en Bourgogne-Franche-Comté, dont nous faisons partie. Chaque année, nous nous réunissons au sein de ce réseau de la grande région ; nous sommes une vingtaine de programmateurs. Nous sélectionnons des artistes que nous voulons voir tourner chez nous. Ces deux formations font partie de ce cru régional. Cette sélection a du sens pour le développement de leur carrière ; c’est une forme d’accompagnement. Cela nous paraissait important d’être partie prenante et de ne pas seulement faire un chèque pour faire venir un artiste. Nous sommes une étape dans son développement.

« Cela nous a toujours plu de faire des concerts dans des lieux qui ne sont pas dédiés à ça. Nous voulions enfoncer le clou cette année. Nous nous sentons bien à la galerie Cheloudiakoff »
François Lanneau
Fondateur de Be bop or be dead

Cette cinquième édition propose un nouveau projet avec le conservatoire, avec qui vous tissez des liens forts chaque année. Qu’est-ce que ce projet Confluences ?

Il y a deux collaborations avec le conservatoire cette année. La partie immergée de la collaboration avec le conservatoire, c’est que Tumulus intervient au conservatoire dans le cadre d’une master class, car lui-même est enseignant. Il va prendre en charge un groupe d’élèves du conservatoire et de la classe à horaires aménagés musicales (CHAM) du collège Rimbaud, pour aborder ces concepts de traitement de sons et de composition. La partie émergée, c’est Confluences, qui se tiendra juste après Tumulus (dimanche 10 novembre, 17 h, au centre des congrès Atria, gratuit, NDLR). C’est une création. On va me dire que ce n’est pas forcément du jazz, mais tant pis. Ils vont jouer le répertoire de Luciano Berio et Steve Reich, des compositeurs de musiques contemporaines. Je vois des passerelles, à mes yeux et à mes oreilles, évidentes, car nous nous adressons aussi aux curieux. Confluences va proposer un répertoire contemporain, mais très abordable, avec des arrangements uniques.

  • Vendredi 8, samedi 9 et dimanche 10 novembre. Festival Be bop or be dead #5. À la galerie Cheloudiakoff, au théâtre Granit, à la bibliothèque municipale Léon-Deubel, à la cathédrale Saint-Christophe et au centre des congrès Atria. Plusieurs concerts gratuits. Renseignements, programme complet et billetterie : https://bonus-track.fr/

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