Force ouvrière interpelle sur les droits des intérimaires

Alors que les entreprises du travail temporaire entrent dans un cycle d’élections professionnelles, le syndicat Force ouvrière interpelle sur les droits des salariés intérimaires, qu’ils connaissent mal.

Alors que les entreprises du travail temporaire entrent dans un cycle d’élections professionnelles, le syndicat Force ouvrière interpelle sur les droits des salariés intérimaires, qu’ils connaissent mal. Il s’appuie sur les délégués syndicaux des entreprises utilisant de la main d’œuvre intérimaire pour faire passer le message. Notamment à PSA, à Sochaux.

Le 30 juin, on comptabilisait 6 887 CDI à PSA Sochaux. S’ajoutent à ces effectifs, 2 089 intérimaires. Dans le nord Franche-Comté, selon des données fournies par Force ouvrière Sochaux, on comptabilisait 7 803 intérimaires pour le secteur automobile attaché à PSA, dont près de 2 000 sont en mission chez le constructeur automobile. Selon le syndicat, cela représente 7,2 % de l’emploi.

Un fonds d’actions sociales

Mais, comment toucher les salariés intérimaires ? Comment les informer sur leurs droits ? C’est l’un des enjeux posés par le cycle d’élections professionnelles organisées dans les entreprises du travail temporaire. Des élections dont le taux de participation est très faible (2,5 % dans l’ensemble de la branche lors du dernier cycle). Réussir cette information, c’est le défi de Mathieu Maréchal, délégué Force ouvrière, co-responsable de la branche intérim de la fédération employés et cadres. Il travaille chez Randstad. Son constat est simple : l’intérimaire se renseigne très peu auprès des unions départementales pour connaître ses droits ; et s’il demande trop ses droits auprès d’un employeur, il peut être fragilisé. « À présent, nous passons donc par les délégués syndicaux des entreprises utilisatrices », confie le responsable fédéral. Force ouvrière vient de former la section FO de PSA, pour qu’il puisse renseigner aux mieux les intérimaires, dont le nombre ne cesse de grandir (lire par ailleurs). En 2018, à l’échelle de l’Hexagone, on comptabilisait 2,9 millions de salariés en intérim, dont 70 % des recrutements, selon le syndicat, concerne l’industrie.

Les chiffres de l’intérim chez PSA

> Octobre 2016 : 4 257 opérateurs polyvalent d’unité élémentaire de production (OPUEP, de l’emboutissage au contrôle qualité en fin de chaîne), dont 1 639 intérimaires (38,5 % des effectifs)

> Octobre 2017 : 4 854 OPUEP, dont 2 456 intérimaires (50,6 %)

> 30 juin 2019 : 4 053 OPUEP, dont 2 013 intérimaires (49,6 %), avec une part de 59,9 % d’OPUEP lorsque l’on regarde l’usine de montage annonce FO Sochaux, de PSA.

Curseur du marché

Pour les syndicats des entreprises, cette démarche est nouvelle. Auparavant, il dénonçait le travail temporaire, au motif de la précarité. Et « on se demandait comment on pouvait avoir un syndicat de la précarité », sourit Mathieu Maréchal. Mais la croissance de la part des intérimaires dans les usines oblige à changer de discours. « Il faut aiguiller nos collègues de bureaux », approuve Abib Mameri, secrétaire-adjoint du syndicat FO de PSA Sochaux. Dorénavant, ils pourront souffler à leurs collègues intérimaires qu’il existe un fonds d’actions sociales ouvert aux travailleurs temporaires. Avec ce fonds, on peut louer une voiture pour 10 euros par jour, jusqu’à 60 jours par an. On peut bénéficier d’une aide pour faire réparer sa voiture ou faire garder ses enfants, à domicile ou en crèche. Il est aussi possible d’accéder à des bons alimentaire ou d’essence. Les possibilités sont nombreuses.

Mathieu Maréchal, délégué syndical Force ouvrière, co-responsable de la branche intérim de la fédération employés et cadres (©Le Trois – Thibault Quartier).

L’intérim est aujourd’hui « le premier curseur du marché du travail », rappelle Mathieu Maréchal. Si le marché reprend, les demandes des sociétés de travail temporaire augmentent. Si le marché ralentit, les intérimaires sont les premiers postes supprimés par les entreprises utilisatrices. Dans le nord Franche-Comté, on déplore une pénurie de main d’œuvre et un important turnover. Malgré cela, « il n’y a pas de taux de mission attractif », constate Mathieu Maréchal.

Force ouvrière dénonce le CDI-i

CDI-i, quèsaco ? Le CDI-intérimaire a été lancé en 2014. À l’origine, il n’était proposé que par les sociétés de travail temporaire qui embauchait en CDI et baladait le travailleur de mission en mission. « Avec ce contrat, vous avez les inconvénients du travail temporaire, sans les avantages. » Selon Mathieu Maréchal, on a signé près de 50 000 CDI-i en France depuis son lancement, sachant que 68 % des signataires signent une mission pour la première fois et qu’ils ont moins de 30 ans. « Par ce contrat, les intérimaires sont privés de 21 % de leur rémunération par rapport aux intérimaires en contrat de travail temporaire », dénonce un trac du syndicat. « Les CDI-i n’ont aucune évolution de salaire. Ils sont promenés de mission en mission, jusqu’à 50 km de leur domicile pour avoir un salaire souvent inférieur à leur dernière mission. » Sans surprise, si les salariés refusent une mission, le contrat est rompu. Et l’ancien intérimaire ne peut prétendre à des indemnités chômage. « Nous voulons ouvrir une convention collective spéciale à ce salaire, avec une grille de salaire et un coefficient d’ancienneté », détaille Mathieu Maréchal.