Covid-19 : que disent les statistiques à l’échelle du nord Franche-Comté ?

Quelle est la dynamique épidémique ? Le Trois met en perspective les dynamiques de l’hôpital nord Franche-Comté face à la covid-19 avec les données liées au bassin de vie sur lequel rayonne cet établissement hospitalier, qui ne s’arrête pas au Territoire de Belfort. Une première depuis le début de la crise. Cette analyse porte de septembre 2020 à fin décembre 2021, avant que le variant Omicron ne devienne majoritaire.

Quelle est la dynamique épidémique ? Le Trois met en perspective les dynamiques de l’hôpital nord Franche-Comté face à la covid-19 avec les données liées au bassin de vie sur lequel rayonne cet établissement hospitalier, qui ne s’arrête pas au Territoire de Belfort. Une première depuis le début de la crise. Cette analyse porte de septembre 2020 à fin décembre 2021, avant que le variant Omicron ne devienne majoritaire. Et les enseignements sont nombreux. – mis à jour le 8 mars à 18h

Gare aux biais statistiques !

Non, le Territoire de Belfort n’est pas le département le plus touché en proportion du nombre de décès, par le covid-19, comme on a pu le lire encore récemment (ici par exemple). Le Territoire de Belfort subit un biai statistique. Les morts de la covid-19 à l’hôpital Nord Franche-Comté sont enregistrés dans le Territoire de Belfort, quel que soit le domicile des victimes. Or, cet hôpital rayonne sur un territoire qui récence 326 704 habitants, dans 249 communes, à cheval sur le Territoire de Belfort, la Haute-Saône et le Doubs, précise l’agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté (voir la carte ci-dessous), soit plus de deux fois la population que compte le département (143 104 habitants, selon les dernières données de l’Insee). Le calcul de cette proportion diffusée notamment par Le Monde récence le nombre de morts de la covid-19 à l’hôpital et le rapporte à la population du département… Le Territoire de Belfort aurait ainsi un taux de 5 394 morts pour un million d’habitants. Le deuxième département, les Vosges, enregistre un taux de 2 715 morts pour un million d’habitants, soit une proportion deux fois moins élevée ! En prenant le même nombre de morts cité par Le Monde, qui se base sur le répertoire national d’identification des personnes physiques de l’institut national de la statistique et des études économiques (Insee), mais en le rapportant à la population du bassin du groupement hospitalier de territoire (GHT) de l’hôpital Nord-Franche-Comté, on obtient un taux de 2 317 morts pour 1 million d’habitants, classant alors le Territoire de Belfort à la 16e place, entre l’Yonne (2 334 pour 1 million d’habitants) et le Jura (2 296), des départements les plus touchés.

La vaccination protège des formes graves

En début de 2e vague, le 6 novembre 2020, 11 personnes étaient hospitalisées en soins critiques, à l’hôpital Nord Franche-Comté. Deux semaines auparavant, le taux d’incidence était de 72,24 pour 100 000 habitants. Si l’on regarde en amont, c’est que les conséquences sur le système hospitalier du taux d’incidence ne s’observent que 10 à 15 jours après, les symptômes ne se déclarant pas immédiatement. Le 20 août, lors de la 4e vague, marquée par le variant Delta, on enregistre 11 personnes en réanimation. Deux semaines auparavant, le taux d’incidence est de 225,28 pour 100 000 habitants. Proportionnellement, on a donc un taux d’incidence trois fois plus élevés lors de la 4e vague pour obtenir les mêmes effets sur les services de soins critiques de l’hôpital Nord Franche-Comté. « L’effet vaccin est bien démontré », assure le docteur Vincent Gendrin, chef du service d’infectiologie de l’établissement hospitalier. L’un des objectifs de la vaccination est notamment de diminuer les formes graves de la covid-19. « Selon le tableau de bord officiel du gouvernement, au niveau national, on a un rapport d’un sur dix pour les entrées en réanimation, entre vaccinés et non-vaccinés, ajoute-t-il. Il y a un effet protecteur des vaccins. » Et les données observées à l’échelle du nord Franche-Comté de septembre 2020 à décembre 2021 mettent bien en relief cette réalité ; on voit une inflexion certaine du nombre de personnes en réanimation à partir de l’été 2021, particulièrement à taux d’incidence égal. Autre exemple : le 24 décembre 2021, 16 patients étaient hospitalisés en soins critiques. Deux semaines avant, le taux incidence était de 562,59 pour 100 000 personnes. Le 22 janvier 2021, onze mois auparavant, en pleine 2e vague et en route pour la 3e vague, il y avait 18 personnes en réanimation. 15 jours plus tôt, il y avait un taux d’incidence de 313,13.

Une pression toujours forte

Le 1er février, l’hôpital nord Franche-Comté accueillait 160 patients. On est loin des 203 patients accueillis le 18 décembre 2020, mais la pression reste forte sur le système hospitalier, même si l’on observe un retrait des accueils en réanimation. Et même s’il y a moins de patients covid-19 dans ces services, ils occupaient quand même encore la moitié des lits de réanimation fin janvier, à l’HNFC. Ce n’est pas neutre sur le fonctionnement de l’hôpital. Et la crise est encore une vraie réalité pour les hôpitaux, notamment en hospitalisation conventionnelle, insiste l’infectiologue, même si la vie reprend petit à petit ses droits. Et une donnée l’illustre : le 9 février, il y avait 33 059 personnes hospitalisées en France pour la covid-19, des chiffres supérieurs au pic de la première vague. 31 544  personnes étaient hospitalisées le 16 avril 2020, au plus fort de cette première vague, alors que le pays était à l’arrêt. Pour faire face à cette activité, des services sont fermés insiste Vincent Gendrin ; le plan Blanc est toujours activé. C’est « une vraie perte pour la population », déplore-t-il. En regardant ces données, on observe toutefois une inflexion des hospitalisations conventionnelles. À taux d’incidence égal, il y a moins de personnes hospitalisées. Et c’est encore plus vrai avec le variant Omicron (lire plus bas). On observe aussi beaucoup plus de personnes hospitalisées avec des tableaux moins graves qu’auparavant note l’infectiologue. Il n’y a plus forcément de besoins systématiques d’oxygène. La covid-19 peut provoquer chez certains des carences, des chutes, qui modifient les prises en charge. Mais cela ne réduit pas pour autant la pression sur le système de santé, encore fortement mobilisé.

Omicron change le paradigme

Les taux d’incidence ont explosé en Bourgogne-Franche-Comté, mais aussi dans le nord Franche-Comté, dès la fin décembre 2021 et particulièrement en janvier 2022 ; il marque depuis début février une première inflexion. Le 21 janvier, le taux d’incidence était par exemple de 3 230,75 pour 100 000 habitants. « Les taux d’entrée en réanimation sont moins importants que les précédents variants », convient par contre l’infectiologue. La dangerosité du variant est plus faible. Par contre, sa viralité surcharge toujours les hôpitaux. Si, proportionnellement, moins de personnes sont hospitalisées, le fait que ce variant touche un plus grand nombre d’individus entraîne mécaniquement un grand nombre d’hospitalisations. Par contre, alors que le variant Delta pouvait toucher toutes les catégories, le variant Omicron (re)touche particulièrement les personnes fragiles. Et on espère, dans les services, que la physionomie de la covid-19 se rapproche de celle de la grippe rapidement. L’immunité collective de la population doit aussi croître. Et le vaccin l’accélère. « On espère que la vaccination fasse gagner plusieurs années », relève le docteur Vincent Gendrin. Surtout, que selon ses propres observations, en janvier, deux tiers des personnes hospitalisées avec le variant Omicron étaient des personnes non-vaccinées.  

Meilleure prise en charge

Au-delà de la vaccination, la prise en charge des patients a aussi progressé au cours des deux années de la crise sanitaire. Les équipes médicales ont une meilleure connaissance de la maladie, même si les variants impliquent de nombreux changements. L’utilisation de la Dexamethasone, depuis un an et demi, a permis de « diminuer la mortalité », note par exemple le docteur Vincent Gendrin. L’arrivée de traitement par la bouche, comme le Paxlovid de Pfizer, ouvre de bonnes perspectives, pour ceux qui débutent un covid-19, avec une diminution des risques d’hospitalisation exposent les experts. Mais les médicaments, « ce n’est jamais la panacée », modère l’infectiologue. Il faut toujours faire attention aux problèmes de résistance des virus avec une surutilisation. Ce n’est donc pas la voie unique pour appréhender la crise sanitaire. Ni un remède miracle.

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