« Ce que nous combattons au quotidien, c’est l’ignorance »

L’association Culture loisirs éducation (Clé) d’Offemont a organisé, vendredi 18 octobre, la journée citoyenne et républicaine, mobilisation contre la radicalisation et l’endoctrinement.

L’association Culture loisirs éducation (Clé) d’Offemont a organisé, vendredi 18 octobre, la journée citoyenne et républicaine, mobilisation contre la radicalisation et l’endoctrinement. Elle a réuni des professionnels confrontés à ces sujets et est intervenue au lycée professionnel Diderot, à Bavilliers. La journée a été animée par le musicien, réalisateur et président de Banlieues actives, Rost. Interview croisée entre le rappeur et le directeur de l’association, Assad Mokhenache.

Vous avez organisé une journée de mobilisation autour de la radicalisation et de l’endoctrinement. Pourquoi ces sujets sont-ils si importants aujourd’hui ?

Assad Mokhenache  – C’est la 4e édition de cette journée. En tant qu’acteur social, en tant que citoyen impliqué au quotidien, il nous faut prendre nos responsabilités. Compte tenu d’évènements qui ont secoué le territoire national, dont des attentats terroristes et djihadistes, il nous semblait opportun de vulgariser ces sujets. Tout et leur contraire ont pu être dit. Nous sommes les garants du principe de neutralité, du principe de laïcité et nous sommes aussi garants d’un certain nombre de mesures : on ne doit pas, sous couvert de telle ou telle exaction, stigmatiser une partie de la communauté nationale. Nous devons veiller à vulgariser des notions, notamment liées aux faits religieux et plus précisément par rapport à la religion musulmane.

Radicalisation, endoctrinement, ce sont des termes que l’on entend de plus en plus dans le débat public. Quelles sont les réalités de ces deux notions ?

Rost Quand j’ai voulu faire ce film Tu iras au paradis, c’est justement parce que des choses se passent sur le terrain (voir la bande annonce ci-dessous). J’ai pas mal d’amis qui ont été assassinés dans les attentats, notamment Charb et son garde du corps. Il se trouve que le gérant de l’Hyper Casher, porte de Vincennes, qui a pris deux balles dans le bras (le 9 janvier 2015, NDLR), c’est son frère et lui qui m’ont aidé à sortir de la rue, il y a 25 ans. Son frère, c’est le parrain de mon fils et le garant de mon appartement. Ce sont des gens de ma famille. Au-delà de ça, je sais qu’il se passe beaucoup de choses dans nos quartiers. Il y a des malaises profonds qui touchent nos jeunes, qui les prédisposent à l’embrigadement et à des promesses alternatives aux loupés de la République. Là où la République est absente, les obscurantismes prolifèrent. Nous ne sommes pas dans des fantasmes. Pour soigner un mal, il faut mettre les mots sur les maux pour pouvoir apporter les remèdes. Nous nous mobilisons pour que les choses bougent, mais il y a des gens qui ont toujours ce discours de stigmatisation et de généralisation ; c’est ce qui fait le plus de mal.

« Il y a des malaises qui touchent nos jeunes, qui les prédisposent à l’embrigadement et à des promesses alternatives aux loupés de la République »
Rost
Artiste et réalisateur

C’est ce que nous avons pu observer au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté…

Assad Mokhenache – C’est un amalgame criant qui a été fait entre un acte terroriste potentiellement djihadiste et la présence d’une femme, probablement de confession musulmane. Elle était accompagnatrice d’une sortie scolaire dont le but était de faire découvrir les institutions de la République. Quel bel exemple que cet élu du Front national (je coupe la parole pour rectifier)…

« Nous sommes là pour susciter l’engouement autour de l’éducation et l’attrait de la connaissance. Ce qui est important de développer, c’est l’esprit critique, les capacités d’analyse et de discernement »
Assad Mokhenache
Directeur de la CLÉ à Offemont.

Du Rassemblement national…

Rost (Il coupe à son tour) Excusez-moi de couper. Moi j’utilise le Front national. Nous avons grandi avec ce parti qui est un parti xénophobe, dont les membres faisaient la chasse aux noirs et aux arabes à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Le Front national se donne une image de notabilité en changeant de nom. Mais nous, nous n’oublions pas. De nombreux jeunes adhèrent au Front national, mais ils ne connaissent pas l’histoire. Ce que dit le parti est tellement basique et populiste, que les jeunes plongent dedans. Dans un débat télévisé avec un gars du Front national, la semaine dernière, j’ai reçu des menaces de mort. En sortant, lui-même a dit que je l’avais menacé de mort. On est en France. On est dans du débat. On a le droit de ne pas être d’accord. Évidemment, là il n’y a pas eu de débat, c’était la foire d’empoigne. Mais les salves d’injures, je les ai reçues de gens du Front national. Le socle est toujours là. La sémantique est importante. C’est pour ça que je n’utilise jamais Rassemblement national, mais Front national.

Vous intervenez dans un lycée, installé dans un quartier. Qu’est-ce que vous dites aux jeunes ? Vous les invitez à être vigilants sur des comportements ?

Assad Mokhenache  – Pas seulement. Il faut se méfier des fameux indicateurs de radicalisation. Il y a aussi des messages de prévention. Globalement, je pense que Daesh n’est plus que l’ombre de lui-même. C’est une mouvance qui a eu un impact international, mais qui répondait à des considérations géopolitiques d’une zone très singulière. On parle de mondialisation, d’instantanéité, mais il ne faut pas non plus avoir une vision trop globalisante. En France, il y a un certain nombre de difficultés. L’endoctrinement, la radicalisation en font partie, mais ce ne sont pas les sujets majeurs de la société française. Ce sont des sujets d’actualité, sur lesquels il est opportun de se pencher. Mais ce que nous combattons au quotidien, c’est l’ignorance. Au travers de cette journée, nous sommes là pour susciter l’engouement autour de l’éducation et l’attrait de la connaissance. Ce qui est important de développer, c’est l’esprit critique, les capacités d’analyse et de discernement. Tous les courants obscurantistes n’ont d’effet qu’à partir du moment où les personnes sont fragilisées. Notre objectif, c’est aussi que la République fasse sens. Dès que l’on a des projections sur du moyen ou du long terme, ces idéologies ne vous intéressent pas. Elles ne vous interpellent même pas. L’objectif est d’apporter un certain nombre de notions et de connaissance sur l’idéologie, mais avant tout de promouvoir le mieux-vivre ensemble et une citoyenneté éclairée, apaisée, où le multiculturalisme est reconnu, où le droit à la différence et l’altérité sont reconnus.

Rost – Attention, nous sommes sur une pente très glissante depuis un certain temps. On est en train de fracturer durablement la France. Cela aura des conséquences dans quelques temps. J’appelle chacun à prendre sa part de responsabilité.

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