Belfort : l’opposition questionne l’installation d’un McDonald’s

Un McDonald’s va s’installer à la place de l’ancien hôtel du District, boulevard Henri-Dunand, à Belfort. Le bâtiment a été vendu par l’agglomération au printemps. L’opposition questionne les conditions de cette vente, compte tenu de l’enseigne qui s’y installe.

Un McDonald’s va s’installer à la place de l’ancien hôtel du District, boulevard Henri-Dunand, à Belfort. Le bâtiment a été vendu par l’agglomération au printemps. L’opposition questionne les conditions de cette vente, compte tenu de l’enseigne qui s’y installe.

L’adresse, 10 boulevard Henri-Dunant, à Belfort. Ce sont les anciens locaux de l’agglomération belfortaine, que l’on appelait encore le District. Le bâtiment désaffecté, de 4 289 m2, est inoccupé depuis le 1er janvier 2014.

Dans son édition de lundi, L’Est Républicain révèle que McDonald’s a prévu de s’y installer. Un restaurant de 480 m2 doit être construit. Un permis de construire a été déposé au mois d’août. Ce bâtiment a été vendu par l’agglomération au printemps. Une vente approuvée à l’occasion d’un vote en conseil d’agglomération, le 27 mars. Mais ce n’est pas McDonald’s qui a acheté ces locaux. Ils ont été vendus à la SARL Altipierre, une société belfortaine de promotion immobilière, qui va donc les revendre à l’enseigne de restauration rapide.

La publication par le quotidien régional du futur projet a fait réagir l’opposition, par l’intermédiaire de Sélim Guemazi (GRS), conseiller municipal d’opposition et conseiller communautaire.

L’Armée du Salut abandonne son projet

Initialement, ce bâtiment devait être vendu à Territoire Habitat qui, dans le cadre d’un partenariat avec l’Armée du Salut, devait le réhabiliter pour y installer un foyer d’accueil d’urgence. C’est le vote du 24 mars 2016. Le bailleur social et l’organisation humanitaire travaillaient sur la faisabilité depuis 2013. À cette époque, seulement Samia Jaber et Marc Archambault s’étaient abstenus. Selim Guemazi était absent, excusé, mais n’avait pas donné de pouvoir. À l’occasion de cette délibération, le montant de la vente, estimé par les Domaines, avait été communiqué : 1 million d’euros. En 2017, le partenariat entre le bailleur social et l’Armée du Salut n’est plus possible. L’organisation humanitaire se porte quand même acquéreuse, en propre. Nouveau vote en conseil communautaire. L’Armée du Salut « propose, en raison des aides obtenues et de son plan de financement, un prix d’achat d’un million d’euros net ».

Fin 2018, l’Armée du Salut informe qu’elle ne peut pas maintenir son offre, « en raison de difficultés à réunir le financement nécessaire pour mener à bien son projet », peut-on lire dans le rapport communautaire présenté aux conseillers le 27 mars 2019. Selon Damien Meslot, l’Armée du Salut n’a pas obtenu de l’État les subventions nécessaires pour poursuivre ce projet. L’ancien hôtel du District n’a donc plus d’acquéreur.

Premier grief de l’opposition, la publicité faite à cette vente. « Vendre sans avoir rendu public la cession nous semblait plus que discutable sur la méthode, voire contestable au regard de la transparence de la mise en concurrence », dénonce Sélim Guemazi dans son communiqué adressé aux rédactions, lundi. La SARL Altipierre s’est positionné pour le rachat en janvier 2019. Ce bâtiment l’intéressait depuis de nombreuses années, mais on lui avait répondu qu’il était destiné à l’Armée du Salut. L’arrêt du projet a redessiné ses plans. Et elle s’est manifestée. Les élus communautaires ont approuvé cette nouvelle cession au mois mars. Damien Meslot, président du Grand Belfort, rappelle que ces bâtiments sont en vente depuis de nombreuses années et que la précédente majorité n’avait pas réussi à les céder. Cette proposition était une aubaine si l’on en croit le président du Grand Belfort.

McDonald’s, pas le projet initial

L’opposition critique également le flou de la délibération votée au mois de mars et questionne la sincérité du rapport. « Damien Meslot était-il au courant que La SARL Altipierre envisageait à ce moment-là de céder à McDonald’s cette bâtisse et qu’elle n’était en réalité qu’un intermédiaire ? » questionne Sélim Guemazi. Il rappelle que Bastien Faudot, René Schmitt et lui avaient voté contre dans ce dossier, face aux « explications floues de la délibération qui (…) expliquait que pour des raisons de négociations en cours, la SARL Altipierre ne souhaitait pas communiquer plus en détail sur le projet qu’elle envisageait de mener ». Damien Meslot assure qu’il n’était pas au courant de la destination du projet. Il se félicite surtout de l’opération, heureux de ne plus avoir de charges d’entretien et de s’être débarrassé de ces bâtiments, squattés. « Il y a eu deux tentatives d’incendie sur ce bâtiment », remarque-t-il. « Nous vendons un bâtiment 1 million d’euros alors qu’il va être rasé, sourit également Damien Meslot. Ce n’est pas mal quand même. »

De son côté, Antonio Mendes, le gérant de la SARL Altipierre, assure qu’il n’a pas acheté ce bien, initialement, « pour le vendre à McDonald’s ». L’opération immobilière consistait à acheter ces locaux et à y installer un Retail parc, après destruction et reconstruction. Finalement, de nouveaux projets se sont présentés au promoteur. Il a privilégié la vente à McDonald’s, car c’était une opération immobilière plus rapide que l’aménagement puis la vente/location de bureaux. Aucun prix de revente à l’enseigne de restauration rapide, ni les conditions, n’ont été communiquées par Antonio Mendes.

La SARL Altipierre a acquis ces bâtiments pour 1 million d’euros. L’opposition critique le montant, équivalent à celui de l’Armée du Salut, alors que le client final est une multinationale. Damien Meslot revendique que c’était finalement moins cher pour l’organisation humanitaire, car le Grand Belfort leur accorde une subvention.

Damien Meslot dénonce la démarche électoraliste. Et invite Selim Guemazi à revoir son droit administratif : « Le délai de recours devant le tribunal administratif est de deux mois. » Les comptes rendus de la séance du conseil communautaire du 27 mars ayant été approuvé le 20 juin, le délai de recours est dépassé selon le président du Grand Belfort, alors que le conseiller municipal d’opposition sommait Damien Meslot de s’expliquer « avant que nous n’envisagions d’aller plus loin dans ce dossier ».

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