Avec l’électricité qui flambe, les industriels peinent à financer leur verdissement

Difficile pour les usines de passer au vert en s’électrifiant, quand les prix de l’électricité flambent : la « décarbonation » censée accompagner la réindustrialisation de la France est en danger, craignent les industriels.

Isabel Malsang – AFP

Difficile pour les usines de passer au vert en s’électrifiant, quand les prix de l’électricité flambent : la « décarbonation » censée accompagner la réindustrialisation de la France est en danger, craignent les industriels.

Les activités les plus consommatrices d’électricité en France, comme la sidérurgie ou la chimie, réunies au sein de l’association Uniden, ont prévenu qu’il pourrait y avoir des baisses de production, voire l’arrêt de certaines usines début 2022, si l’addition continuait d’augmenter. En cause ? L’envolée historique du prix de gros de l’électricité en France, mais également dans d’autres pays d’Europe, depuis début 2021. Jeudi soir, le cours à terme de l’électricité sur 2022 a terminé la séance à 176 euros le MWh, alors qu’il oscillait en 2020 autour de 50 euros le MWh, soit un triplement du prix. L’écart est encore plus fort si l’on regarde le cours « spot » au jour le jour, qui explose à 310 euros le MWh.

« Avec des prix de l’électricité à ce niveau, nous ne pourrons ni réindustrialiser ni décarboner », les investissements nécessaires pour réduire les émissions ne seront plus possibles, prévient Gildas Barreyre, président du comité Electricité au sein de l’Uniden. Par exemple, « verdir » une aciérie nécessite de remplacer les fours utilisant des énergies fossiles par des fours électriques, ce qui réduit les émissions de dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre, puisqu’on ne brûle plus de charbon ou de gaz.

Les cimentiers, secteur qui émet plus de CO2 que l’aviation, doivent eux investir dans la valorisation énergétique de leurs déchets afin de produire des ciments plus verts. Or, leur facture d’électricité s’est envolée entre 26 et 30 % en deux ans, fait valoir le syndicat français de l’industrie cimentière (SFIC). Plusieurs facteurs expliquent l’embrasement : début 2021, la reprise économique post-confinement a provoqué une première explosion du prix du carbone, et de l’électricité. À la rentrée, et à l’approche de l’hiver, c’est la flambée du prix du gaz qui a rallumé la mèche.

Les grands utilisateurs d’électricité en France, sidérurgie, chimie, ciment, pharmacie avaient pourtant tenté en amont d’obtenir du gouvernement un relèvement exceptionnel du quota annuel d’électricité dont ils bénéficient à prix régulé ; très bas. Ce dispositif, nommé Arenh – pour « accès régulé à l’électricité nucléaire historique » – permet aux fournisseurs alternatifs et aux industriels français dits « électro-intensifs » d’acheter à EDF de l’électricité nucléaire à un prix fixe, actuellement fixé à 42 euros le MWh.

Problème européen

Mais le gouvernement n’a pas relevé leur quota. Officiellement « parce que la Commission européenne s’y serait opposé », lâche un industriel de la pharmacie, furieux, qui requiert l’anonymat. « Devant la gravité de la situation, et pour une durée temporaire, l’obstacle de la Commission européenne aurait pu être levé », juge-t-il. Le gouvernement a néanmoins pris une série de mesures pour alléger l’addition des particuliers comme des industriels.

Six millions de ménages bénéficiaires du chèque énergie recevront ainsi exceptionnellement 100 euros en décembre. Et le gouvernement a surtout promis de limiter la prochaine hausse du tarif réglementé de l’électricité, prévue en février 2022, à 4 %, en baissant la taxe sur l’électricité. Il s’agit du tarif bleu d’EDF auquel souscrivent de l’ordre de 70 % des ménages.

Les toutes petites entreprises comme les artisans ont droit au tarif réglementé, mais pas les industriels. Les industries les plus consommatrices d’électricité bénéficieront d’une compensation de 150 millions d’euros sur la taxe carbone pour pallier la hausse des prix.

Mais, les « électro-intensifs » vont « devoir compléter une partie importante de leur approvisionnement sur le marché dès les prochains jours dans les pires conditions de prix qui soient », remarque l’Uniden. « Nous sommes pris au piège d’une structuration de marché qui ne marche pas en Europe, or la Commission refuse d’admettre que le marché de l’électricité dysfonctionne », souligne M. Barreyre de l’Uniden. « Et il faut des schémas alternatifs pour notre approvisionnement » ajoute-t-il, notamment en proposant « des contrats à long terme » comme il en existe un peu partout dans le monde.

Lors du Conseil européen de l’Energie jeudi, la France « a fait des propositions à la Commission pour faire évoluer ce marché pour tenir compte de la décarbonation des mix », a abondé Barbara Pompili vendredi : « Ça peut aider les pays qui font des efforts pour décarboner, à pouvoir le répercuter sur les consommateurs ».

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