Amazon enterre sa plateforme de stockage à Fontaine

Les investissements directs étrangers ont été multipliés par deux en Bourgogne-Franche-Comté annonce Business France.
Amazon n’installera pas de plateforme de stockage à l’Aéroparc de Fontaine indiquent Les Amis de la Terre et France Nature Environnement, impliquées dans le recours contre ce projet porté par Vailog pour le compte du géant du e-commerce. Selon nos informations, un accord a été signé entre ces différents acteurs.
L'aménageur Vailog avait présenté un projet en octobre 2019 d'une plateforme logistique de 76000 m2, pour Amazon. | ©DR
Amazon n’installera pas de plateforme de stockage à l’Aéroparc de Fontaine indiquent Les Amis de la Terre et France Nature Environnement, impliquées dans le recours contre ce projet porté par Vailog pour le compte du géant du e-commerce. Selon nos informations, un accord a été signé entre ces différents acteurs.

Au mois de mars, le tribunal administratif de Besançon a annulé le permis de construire et l’autorisation environnementale d’une plateforme de 76 000 m² qui devait s’installer à l’Aéroparc de Fontaine. Le dossier était porté par l’aménageur Vailog (lire notre article). Et elle devait accueillir le géant américain du e-commerce, Amazon. Ce devait être un hub de stockage. Amazon est déjà présent dans le Territoire de Belfort, avec une plateforme de distribution du dernier kilomètre, qui a été construire juste à côté du terrain où devait s’élever cet entrepôt de près de 8 ha ; elle fonctionne depuis un an.

Six mois plus tard, Amazon jette donc l’éponge définitivement, selon le communiqué de presse commun des Amis de la Terre et de France Nature Environnement. Le délai pour faire appel de la décision du tribunal administratif est dépassé. « Il s’agit d’une importante victoire juridique qui devrait inspirer d’autres litiges s’agissant tant de l’obligation d’adopter des mesures de compensation que de garantir une procédure de participation du public transparente », indique maître Louis Cofflard, avocat des requérants, cité dans le communiqué daté du 25 octobre. Les deux associations « appellent l’État et les collectivités à soutenir des projets en phase avec les enjeux sociaux et environnementaux ». Selon une étude menée par Les Amis de la Terre, le e-commerce est responsable de la suppression de 85 000 emplois nets en France en dix ans.

Accord entre les requérants et Vailog

Selon nos informations, un accord a toutefois été signé entre l’aménageur Vailog, d’une part, et Les Amis de la Terre et France Nature Environnement, d’autre part. Et pas avec les autres structures du recours. Ces deux associations ont été contactées par l’aménageur, à la suite de la décision du tribunal, au printemps. Les associations s’engagent à ne pas attaquer le futur projet de Vailog, qui n’abandonne donc pas son projet immobilier. Et l’aménageur s’engage à ne pas déployer une plateforme de e-commerce. Toujours selon nos informations, ce type d’accord est une première.

Selon les premiers éléments du futur projet, on s’oriente vers un bâtiment de logistique plus classique, compartimenté en six ou huit cellules d’environ 10 000 m² chacune. Un nouveau permis de construire est en cours de dépôt. Le client final n’est pas encore connu. Contacté, Damien Meslot, président Les Républicains (LR) du Grand Belfort, a simplement précisé : « Dans le nouveau projet, les intérêts des habitants du Territoire de Belfort seront défendus, comme cela a toujours été le cas. »

Pas le premier abandon

Belfort s’ajoute à d’autres projets annulés par le géant du e-commerce. À côté de Nantes et de Rouen, Amazon a abandonné face aux multiples recours et aux délais qu’ils impliquaient rappelle l’association Les Amis de la Terre, jointe par téléphone. À Fournès (Gard) et à Belfort, ce sont des décisions de justice qui ont poussé au recul. À Dambach-la-Ville (Bas-Rhin), Amazon n’a finalement pas déposé son dossier. À Ensisheim (Haut-Rhin), la justice vient en revanche de confirmer le permis de construire. Les Amis de la Terre attendent dorénavant le jugement sur l’autorisation environnementale.

Les deux associations rappellent que ce projet a été soutenu politiquement par le Grand Belfort, mais que « la véritable identité de l’exploitant a été cachée aux habitants et aux élus locaux ». Des élus dénonçaient justement une politique « opaque », empêchant l’information du public. « L’aménagement de cette plateforme, en plus d’impacter une zone humide, aurait occasionné l’afflux de 300 poids lourds et 1 300 véhicules légers par jour, traversant les communes avoisinantes et saturant le trafic, indique également le communiqué de presse. La plupart des dizaines de milliers de colis par jour livrés par le biais de cet entrepôt sont des produits importés et à très bas prix, concurrençant les différents commerces de la région. » Étienne Coubard, chargé de mobilisation aux Amis de la Terre, d’ajouter : « Dans une période marquée par les crises climatique, énergétique, les difficultés d’approvisionnement et la flambée des prix; réduire et relocaliser la production est une nécessité pour sortir de notre vulnérabilité et atténuer les impacts déjà visibles dans tous les secteurs d’activités. »

Ce projet d’implantation a suscité trois types d’opposition localement. D’abord les élus, contre l’opacité du projet. Ensuite, une opposition juridique, avec des recours déposés par Les Amis de la Terre, France Nature Environnement (FNE), les communes d’Angeot, Larivière et Lachapelle-sous-Rougemont, ainsi que des associations de riverains. Le collectif Gafamazon a quant à lui porté le sujet « dans la sphère publique », rappelle Karel Trapp, le porte-parole du collectif ; ils ont mené plusieurs actions dont le déploiement d’une banderole au sommet de la citadelle, au mois de mars (lire l’article). « Nous voulions faire prendre conscience aux consommateurs des dangers de la venue d’Amazon dans la région », explique-t-il. Mathilde Regnaud, élue d’opposition à la Ville de Belfort d’En commun pour Belfort, estime que la perception du dossier a changé auprès de la population. « Il y a beaucoup plus de réactions positives [à leurs actions] depuis le printemps », apprécie-t-elle.

Méfiance

Pour Gérard Groubatch, de France Nature Environnement du Territoire de Belfort, cité dans le communiqué, cet abandon « constitue une nouvelle opportunité de rectifier le tir en proposant des projets en phase avec les enjeux sociaux et environnementaux sur la zone ». Pour Mathilde Regnaud, il faut se questionner sur l’activité que l’on peut installer dans cette zone, « qui soit pérenne, avec une implantation locale forte, respectueuse de l’environnement et des condition de travail de ceux qui y sont ». Mais de mettre en garde également : « Nous restons très vigilants. Nous ne sommes pas à l’abri qu’Amazon revienne, ici ou à proximité. » Karel Trapp rappelle justement la force de la localisation belfortaine pour Amazon, à proximité de la Suisse où le transport routier est très contrôlé, et à proximité du land allemand du Bade-Wurtemberg où ces implantations sont impossibles (lire notre article).

« Prudence est mère de toutes les vertus », complète à ce titre Bastien Faudot, élu d’opposition à Belfort, du groupe Belfort en Grand, qui a suivi la procédure judiciaire de très près. « Des doutes persistent à cette heure et nous estimons qu’il est encore trop tôt pour se réjouir, ajoute-t-il, avant de confier : Nous avons des éléments concrets qui nous amène à douter du renoncement d’Amazon à s’implanter sur le site. »

Sollicité par mail ce lundi matin, Amazon n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, le groupe Segro, auquel appartient Vailog, ne veut pas réagir.

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