Alstom annonce un accord pour racheter Bombardier Transport

Concurrence: Alstom propose de céder une usine en France pour racheter Bombardier Transport, notamment Reichshoffen

Le constructeur ferroviaire français Alstom a annoncé lundi avoir signé un protocole d’accord avec Bombardier et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) pour racheter 100% de Bombardier Transport.

Avec l’AFP

Le constructeur ferroviaire français Alstom a annoncé lundi avoir signé un protocole d’accord avec Bombardier et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) pour racheter 100% de Bombardier Transport, la branche ferroviaire du conglomérat canadien, pour un prix compris entre 5,8 et 6,2 milliards d’euros. (MAJ le 18/02/2020, à 12h56).

Le groupe ainsi augmenté devrait avoir un chiffre d’affaires cumulé de plus de 15 milliards d’euros, avec un carnet de commandes de plus de 75 milliards. Il sera ainsi plus à même de faire face au mastodonte chinois CRRC, dont le chiffre d’affaires atteignait l’équivalent de 28 milliards d’euros en 2018.

La CDPQ, qui détient actuellement 32,5% de Bombardier Transport, doit devenir au terme de l’opération le premier actionnaire d’Alstom avec environ 18% du capital, a indiqué le groupe français dans un communiqué. La Caisse doit en effet réinvestir dans Alstom l’intégralité du produit net de la cession de sa participation dans Bombardier Transport et investir 700 millions d’euros supplémentaires dans le groupe. Bouygues, à l’heure actuelle premier actionnaire du groupe ferroviaire français avec 15% du capital, en conservera environ 10%, selon le communiqué d’Alstom.

La Caisse doit réinvestir dans Alstom l’intégralité du produit net de la cession de sa participation dans Bombardier Transport et investir 700 millions d’euros supplémentaires dans le groupe. Alstom s’est engagé à développer ses activités au Québec et à installer le siège de ses opérations américaines à Montréal.

Déjà des collaborations

Bombardier Transport a réalisé en 2019 un chiffre d’affaires de 8,3 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros au cours actuel), terminant l’année avec un carnet de commandes de 35,8 milliards de dollars (33 milliards d’euros). Selon le journal canadien La Presse canadienne, Bombardier embauche 36 050 salariés à travers le monde. Il dispose notamment à Crespin (Nord) de la plus grosse usine ferroviaire de France – Alstom exploitant de nombreux sites plus petits – avec 2 000 employés. Il a réalisé en France un chiffre d’affaires de 813 millions d’euros en 2019. Alstom a, de son côté, réalisé sur son dernier exercice 2018-19 un chiffre d’affaires de 8,1 milliards d’euros, avec un carnet de commandes record de 43 milliards d’euros au 31 décembre 2018. L’industriel français, recentré sur ses activités ferroviaires depuis le rachat de sa branche énergie par General Electric en 2015 (en contrepartie, il a racheté ses activités de signalisation ferroviaire), embauche quelque 36 300 personnes, dans 60 pays et répartis sur 105 sites. En France, Alstom embauche près de 9 500 personnes. Les deux groupes disposent d’un quasi monopole sur le matériel roulant en France, où ils collaborent régulièrement comme sur le métro et le RER de Paris.  

Alstom bien orienté à la bourse

La Bourse de Paris a fini en légère hausse lundi (+0,27%), les investisseurs, rassurés par le volontarisme de la banque centrale chinoise face au coronavirus, préférant toutefois se ménager en l’absence de Wall Street. Alstom a pour sa part été dynamisé (+3,50% à 50,30 euros) par la confirmation lundi de pourparlers en vue d’« une potentielle acquisition de Bombardier Transport », la branche ferroviaire du groupe canadien Bombardier. Alstom pèse plus de 10,9 milliards d’euros en Bourse. Son premier actionnaire est Bouygues, avec 15% du capital. Des investisseurs institutionnels en détiennent 79%, des actionnaires individuels 5% et les salariés 1%, selon le site internet du groupe.

L’Europe représente près de la moitié du carnet de commandes d’Alstom, qui atteignait le niveau record de 43 milliards d’euros au 31 décembre 2018. Parmi les produits phare, les Français connaissent bien sûr le TGV, mis en service en 1982 et dont la prochaine génération doit rouler en 2023. Alstom produit aussi des trains classiques (dont des trains pendulaires, qui s’inclinent dans les virages pour aller plus vite, produits en Italie), des métros et des tramways.

Une opération prévue en 2021

« Cette acquisition renforcera notre présence internationale ainsi que notre capacité à répondre à la demande toujours plus importante de solutions de mobilité durable. Bombardier Transport apportera à Alstom une complémentarité géographique et industrielle sur des marchés en croissance, ainsi que des plateformes technologiques additionnelles », a commenté le PDG d’Alstom Henri Poupart-Lafarge, cité dans le communiqué. « Nous sommes convaincus que la vente de nos activités de transport sur rail à Alstom est la bonne chose à faire pour toutes les parties prenantes », a de son côté noté le patron de Bombardier Alain Bellemare, dans un communiqué séparé.

La transaction, payée pour partie en numéraire et pour partie en actions nouvellement émises par Alstom, doit encore être approuvée par les autorités de la concurrence, un élément important après le rejet par la Commission européenne, en février 2019, de la prise de contrôle d’Alstom par l’allemand Siemens. « La réalisation de l’opération est attendue pour le 1er semestre 2021 », a indiqué Alstom.

Le rachat de Bombardier Transport par le constructeur ferroviaire Alstom ne va « pas du tout » menacer l’emploi, le groupe ayant besoin « de tous les talents », a assuré lundi le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge. « Il n’y a pas du tout d’idée de restructurations ou de menace sur l’emploi dans cette acquisition, bien au contraire », celle-ci se voulant « une fusion offensive dans un marché en croissance », a expliqué Henri Poupart-Lafarge à des journalistes.

Réduire la dette de Bombardier

Le groupe canadien, en difficulté financière, veut affecter le produit de la vente à la réduction de sa dette, qui s’élevait fin 2019 à 9,3 milliards de dollars, a-t-il ajouté. Le fleuron industriel canadien, qui a créé les motoneiges dans les années 1930, s’est engagé en 2015 dans une vaste restructuration pour se maintenir à flot. Il avait indiqué en janvier envisager des désinvestissements. Il a déjà cédé en 2019 au Japonais Mitsubishi Heavy Industries son programme d’avions régionaux CRJ, des appareils de 75 à 100 places, contre 750 millions de dollars américains.

L’année précédente, il avait cédé le contrôle à Airbus de son avion moyen-courrier CSeries, devenu A220. Bombardier a annoncé le 13 février qu’il vendait à Airbus et au gouvernement du Québec sa participation résiduelle de 33,58 % dans le programme. Il a également annoncé à l’automne la cession à l’équipementier américain Spirit Aerosystems de ses activités aéronautiques en Irlande du Nord, au Maroc et à Dallas, pour plus d’un milliard de dollars. Ne reste plus à Bombardier dans le secteur aéronautique que sa division la plus profitable, celle des avions d’affaires (Learjet, Challenger, Global).

Faire face au Chinois CRRC

Un mariage Alstom-Bombardier doit notamment permettre de créer un groupe assez puissant pour faire face au mastodonte chinois CRRC dont le chiffre d’affaires atteignait l’équivalent de 28 milliards d’euros en 2018. CRRC réalise certes plus de 90% de ses ventes en Chine, mais il progresse dans le reste du monde et vient notamment de placer des tramways à Porto, au Portugal. La menace chinoise, et la nécessité de progresser dans les technologiques numériques, avait déjà été évoquée pour justifier la reprise d’Alstom par Siemens, bloquée en février 2019 par la Commission européenne. Celle-ci avait alors pointé une position trop dominante en Europe dans la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse. Il restera à voir quelle sera la réaction de Bruxelles si Alstom et Bombardier font affaire. Le patron d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, avait évoqué « des investissements internes et des partenariats externes » pour rebondir après l’échec de la fusion avec Siemens. Sans oublier peut-être « des acquisitions ». Recentré depuis novembre 2015 sur le transport ferroviaire après la cession de sa branche énergie à l’américain General Electric (GE), le groupe français jouit d’une situation financière saine, sans dettes et avec des flux de trésorerie positifs. « Je m’entretiendrai demain mardi 18 février avec Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne, sur ce projet d’acquisition qui devra être soumis par Alstom à l’approbation des autorités de la concurrence », a réagi le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, dans un communiqué. Il s’est réjoui de cette acquisition qui constitue « une bonne nouvelle pour la France, pour l’Europe et pour le Canada ». « Ce rapprochement permettra à Alstom de préparer l’avenir, dans un contexte de concurrence internationale de plus en plus intense », a-t-il assuré. Margrethe Vestager avait rejeté il y a un an le projet de fusion des activités ferroviaires du français Alstom et de l’allemand Siemens, soulevant de nombreuses critiques à Paris et à Berlin. Depuis qu’elle a pris la vice-présidence de la Commission en décembre, elle a promis de réviser les règles européennes de la concurrence pour mieux répondre aux bouleversements engendrés par la mondialisation et la numérisation. « Nous sommes confiants », a noté Henri Poupart-Lafarge lundi, tandis que la Commission européenne s’est refusée à tout commentaire. Des « adaptations » seront peut-être nécessaires, « ponctuellement », en fonction des plans de charge des différentes usines, a-t-il toutefois reconnu, interrogé sur les sites allemands de Bombardier. En tout état de cause, ni l’usine Bombardier de Crespin, ni celle d’Alstom à Valenciennes, à quelques kilomètres, ne sont concernées, selon lui.

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