Fabien Dorier
Été 2012. Le FC Sochaux a arraché son maintien en Ligue 1 lors de la dernière journée de la saison précédente avec à sa tête Éric Hély, qui avait remplacé en cours de saison Mecha Bazdarevic.
Le club s’avance avec peu de certitudes vers le nouvel exercice, après un départ massif de cadres (Marvin Martin, Damien Perquis, Modibo Maïga, Teddy Richert ou encore Jérémie Bréchet) et un recrutement réalisé sans grands moyens.
De fait, le début de saison a été catastrophique avec quatre défaites pour commencer le championnat.
Dans cette grisaille, le président Alexandre Lacombe impose une idée : réaliser la photo de l’effectif à l’intérieur de l’usine automobile voisine, qui célèbre cette année-là son centenaire.
Qu’est-ce qui a motivé le dirigeant ? Marquer l’histoire ? Raffermir les liens avec Peugeot dans une période où les visites d’usine se raréfient ? Bousculer les habitudes comme cela avait été fait deux ans plus tôt en prenant le cliché au centre de formation ?
Alexandre Lacombe n’est pas du genre à se justifier.
Un parcours du combattant
L’idée n’émane en tout cas pas du groupe PSA, propriétaire du club plus que jamais discret et alors engoncé dans de lourdes difficultés financières. Va donc pour la volonté présidentielle.
Débute un parcours du combattant pour le service communication du club. Le seul lieu mis à disposition par PSA pouvant convenir est le bâtiment de stockage de l’usine d’emboutissage.
Le premier repérage est peu engageant : gilet, chaussures de sécurité et casque sont obligatoires dans un lieu qui manipule des bobines de métal de plusieurs tonnes dans un bruit assourdissant… et qui ne s’arrête en théorie jamais, et surtout pas pour des footballeurs.
Cela donne ce genre de dialogue :
« – Mais les joueurs n’auront pas l’obligation d’avoir ces équipements pour la photo, quand même.
– Les mesures de sécurité s’appliquent à tous, tout le temps.
– Même au dernier moment ?
– Même au dernier moment. »
Peu à peu, au fil de négociations et d’interventions haut placées, les barrières vont (symboliquement !) tomber. Le lieu pourra être mis à l’arrêt et les conditions de sécurité assouplies, le temps d’un dimanche matin.
Restent encore de nombreux soucis à régler. Certains basiques, comme l’accès pour livrer bancs et tables ou l’accréditation des photographes de presse et leur cheminement jusqu’à bon port. Le plus gros questionnement intervient lors du deuxième repérage, quand le photographe en charge de la photo officielle estime la mission impossible sans ajout de lumière. Aucune solution interne n’est envisageable. Il faudra louer des spots à une entreprise parisienne spécialisée. Alexandre Lacombe, peu connu pour sa capacité à signer un devis sans rechigner, s’exécutera.
La date est fixée au dimanche 23 septembre à 10 h. Mais avec quel entraîneur ? Ne serait-il pas plus prudent de retarder de quelques semaines… au cas où ? Le FCSM, bon dernier avec zéro point, a la bonne idée de l’emporter à Saint-Étienne le 15 septembre. Un peu miraculeusement… Thierry Doubaï marque d’une bicyclette, alors que Simon Pouplin, pour sa première titularisation surprise, sort le match de sa vie en multipliant les arrêts aussi inspirés qu’hétérodoxes.
Une photo rentrée dans l’histoire
La veille de la prise de vue, c’est l’ESTAC Troyes qui est victime du réveil sochalien et s’incline 3-1 à Bonal. Les sourires sont de mise dans le bus qui effectue le très court trajet des vestiaires sochaliens jusqu’à un bâtiment situé de l’autre côté de la palissade séparant l’usine du stade. Seule manière de s’assurer que personne ne se perde dans l’immense usine ou ne transforme en absence le scepticisme autour d’une photo qui va prendre trois fois plus de temps que d’habitude.
Le bâtiment a, comme prévu, été rangé et nettoyé… mais pas trop, histoire de garder de sa patine et de raconter une histoire industrielle centenaire. Des bobines sont alignées dans le champ de vision du photographe qui réalise un cliché qu’il faudra à peine retoucher en lumière. Merci les spots parisiens. La prise de vue officielle verra les ajouts numériques de Xavier Peugeot et Alain Cordier, absents, au contraire de Christian Peugeot, autre membre du conseil d’administration.
La photo va entrer dans l’histoire et longtemps être affichée au rez-de-chaussée du bungalow, le siège administratif du FCSM. Il s’agit de la première ayant été prise dans l’enceinte industrielle et l’une des rares de l’époque contemporaine effectuées en dehors du stade Bonal. Outre 2010, dont nous avons parlé, il y avait eu 1997, au golf de Prunevelle, en pleine période de réfection du stade.
Moins de deux ans plus tard, le club sera mis en vente, tournant le dos bien malgré lui à son passé industriel, auquel les wagons ont été rattachés il y a quelques mois, avec le retour de Peugeot comme partenaire. Et avec la photo réalisée dans l’atelier Ferrage ce mardi 13 octobre 2026.
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