Le Belfortain de 31 ans qui comparaissait ce mardi 29 septembre devant le tribunal de Belfort ne conteste pas les faits : dès son audition par la police, il a reconnu avoir effectué des achats avec des cartes cadeau qu’il s’est frauduleusement procurées sur internet. Des cartes cadeaux elles-mêmes piratées par des hackers chez le prestataire d’une grande enseigne nationale, et qui sont mises en vente à la moitié de leur valeur. Par exemple en dépensant 100 euros, il obtenait une carte cadeau de 200 euros.
Il a ainsi des cartes cadeaux frauduleuses pour un montant total de 3000 euros, par achats successifs, et a ensuite acheté pour 6821 euros auprès de l’enseigne : un réfrigérateur, un ordinateur, une chaine hifi, une console de jeu.
Les cartes cadeaux ont en fait été piratées, au détriment de leur légitime bénéficiaire. Leur montant étant de l’ordre d’environ 45 euros, cela représente plusieurs centaines de personnes à travers la France. « C’étaient des cartes cadeaux déjà attribuées à des clients, explique une représentante de la chaîne venue témoigner. En se présentant à la caisse, les clients apprenaient que leur carte était périmée, car déjà utilisée ». Chaque carte a été remboursée aux clients lésés, explique-t-elle encore, ce qui a nécessité un suivi client complexe.
Le prévenu reconnait aussi avoir fait des achats avec des cagnottes de fidélité d’une autre grande enseigne. Là aussi, il s’agit de piratage de comptes dont les données sont revendues sur le web et qu’il téléchargeait sur son smartphone contre paiement.
En revanche, il conteste formellement d’avoir lui-même collecté frauduleusement des données ou avoir piraté l’ordinateur d’une des plaignantes. Son avocate, Me Anne-Laure Perez, argumente sur le fait qu’il n’a pas les compétences techniques pour le faire.
Il conteste aussi avoir piraté des comptes Netflix et Canal +.
« C’est comme une maladie »
La procureure s’étonne du risque pris en se rendant dans les commerces pour faire ses achats avec ses cartes piratées : « Avec la v idéo, vous savez qu’on va remonter jusqu’à vous » , lui demande-t-elle ?
« C’est une évidence, répond-il. C’est comme une maladie. Je voulais me faire plaisir, un peu trop. J’ai pris une mauvaise voie. C’était la facilité. » D’ailleurs, il explique avoir pris l’initiative d’un rendez-vous avec un psychiatre pour lutter contre ce qu’il présente comme une maladie.
Dans son réquisitoire, la procureure, Elise Le-Guennec, pointe une situation de récidive, des « traits de manipulation », et estime qu’il a bel et bien collecté des données « qui permettent d’escroquer des gens ». Elle requiert 24 mois de prison avec 14 mois de sursis probatoire, une obligation de soins, la confiscation des objets acquis frauduleusement.
L’avocate estime que son client est « tombé dans un stratagème accessible facilement sur internet » et conteste l’accès frauduleux à des données, faute des compétences nécessaires. Elle souligne quye son client a « conscience de ses fragilités », puisqu’il a anticipé un rendez-vous chez un spécialiste. Elle demande une relaxe pour les autres faits que l’escroquerie et requiert un sursis simple.
Le tribunal a relaxé le prévenu de la collecte de données, mais l’a reconnu coupable d’escroquerie. Il le condamne à 24 mois de prison dont 16 assortis d’un sursis probatoire et huit fermes aménagés en port de bracelet électronique. Le tribunal a aussi prononcé la confiscation des objets achetés au moyen des cartes piratées et des dommages et intérêts.