Il aura fallu la mobilisation de 5 gendarmes enquêteurs pendant presque un mois pour parvenir à identifier les auteurs présumés de tirs de mortier d’artifice sur la façade de l’immeuble d’habitation de la gendarmerie de Delle. Les faits se sont produits dans la nuit du 9 au 10 août 2026, vers 1 h 30.
Les gendarmes e leurs familles ont été réveillés par les tirs effectués sur la façade de leur immeuble, alors que de nombreuses fenêtres étaient ouvertes en raison de la chaleur. Ces impacts ont été relevé à l’angle d’une porte fenêtre, ce qui fait dire au procureur de Belfort, Paul-Edouard Lallois, qu’on est passé tout près d’un drame : un artifice aurait pu exploser dans un appartement, provoquer un incendie ou blesser des personnes.
Les tirs ont été effectués à une trentaine de mètres du bâtiment depuis une passerelle conduisant à un espace vert. Les gendarmes y ont retrouvé un lanceur de mortier et un briquet.
Un gendarme sorti immédiatement de l’immeuble a également repéré une voiture phare allumés, à proximité de cette passerelle. Cette même voiture sera contrôlée quelques minutes plus tard par les gendarmes dans le cadre du dispositif mis en place après les tirs.
Ce seront au départ les seuls éléments dont disposaient les enquêteurs, la gendarmerie et la rue où elle se situent n’étant pas sous surveillance vidéo.
Un travail de fourmi s’est donc engagé à partir de ces premiers éléments : enquête de proximité, utilisation des vidéos d’autres lieux de la ville, notamment celle à proximité d’un fast food de la commune. Les enquêteurs ont ainsi identifié trois voitures dont les conducteurs et les passagers sont entrés en contact les uns avec les autres. L’une d’entre elle a été filmée à l’arrêt avec un lanceur de mortier à proximité. Une autre avec un passager entendu l’après-midi à la gendarmerie dans le cadre d’une enquête sur un délit de fuite à la suite d’un accident.
L’enquête s’est ainsi progressivement concentrée sur huit individus, tous de jeunes hommes domiciliés à Delle ou à proximité, à l’exception d’un, domicilié à Montbéliard, nés entre 2005 et 2008. L’enquête a pu établir qu’ils étaient dans le secteur de la gendarmerie avant les faits, à partir de 22 h, mais aussi après, jusqu’à 3 h. Leurs téléphones portables ont également permis de corroborer leurs liens.
Une opération mobilisant 49 gendarmes (issus du groupement du Territoire de Belfort, mais aussi de Lure, avec le renforcement d’un cyber enquêteur et d’un technicien d’identification criminelle) a donc été lancée ce mardi 8 septembre 2026 qui a débouché sur le placement en garde à vue de huit personnes. Parallèlement à ces gardes à vue, des perquisitions ont été effectuées à leurs domiciles.
Des insultes à l'encontre des gendarmes
Les gendarmes ont ainsi identifié l’auteur présumé des tirs, notamment grâce à une empreinte laissée sur le lanceur de mortier. Selon le procureur, il serait passé aux aveux durant son audition. La personne présumée avoir apporté le lanceur, ainsi que l’instigateur présumé ont également été identifié. Ce dernier, conducteur de la voiture repérée sur les lieux, a notamment filmé l’attaque : les enquêteurs ont pu retrouver des vidéos sur son téléphone portable.
A ce stade, les enquêteurs n’ont identifié comme seul mobile l’audition de l’un des auteurs présumés dans l’après-midi par les gendarmes de Delle. Dans les vidéos retrouvées, des insultes à l’égard des gendarmes sont audibles, a indiqué le procureur lors d’une conférence de presse ce jeudi 10 septembre.
A l’issue des gardes à vue, six personnes ont été déférées pour violence sur gendarmes en réunion et avec préméditation, et pour violences sur civils (une compagne de gendarme et un civil qui habite dans une autre partie du bâtiment, séparé des logements des gendarmes). Le procureur a requis le placement en détention pour trois d’entre elles. Il a été suivi dans ses réquisitions. Les trois autres complices présumés ont été placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de sortir de chez eux entre 20 h et 8 h, pointage toutes les semaines au commissariat, interdiction de paraître aux abords de la gendarmerie de Delle et interdiction d’entrer en contact les uns avec les autres.
Le procès est programmé au 5 novembre et non en comparution immédiate, l’enquête se poursuivant notamment pour évaluer les conséquences psychologiques sur les gendarmes et leurs familles, notamment deux enfants en bas âge présents sur les lieux.
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