250 000 personnes victimes de violences sexuelles en France en 2021 ; une hausse de 282 % de faits de violences sexuelles enregistrés en France entre 2017 et 2023 (un chiffre qui révèle la libération de la parole) ; 73 % des plaintes pour violences sexistes et sexuelles classées sans suite en 2021 et 94 % pour les affaires de viol ; 160 000 enfants victimes de violences sexuelles en France ; 80 % des violences commises au sein de la famille, par un proche de la victime.
Ces chiffres donnent le tournis, mais montrent une partie du fléau de la violence faire aux femmes et aux enfants. Ils ont été rappelés par Emmanuelle Morandeira, présidente de l’association Solidarités Femmes de Belfort, lors du rassemblement organisé ce lundi 7 septembre 2026 devant le tribunal de Belfort. Un rassemblement organisé à la suite d’un appel national, pour soutenir le projet de « Loi intégrale » contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, dont l’examen débute à l’Assemblée nationale.
En soutien à la « Loi intégrale »
L’objectif de ce rassemblement n’était pas de stigmatiser les forces de l’ordre ou la Justice, mais de réclamer des moyens : « La coalition féministe et enfantiste soutient clairement les magistrats et les services d’enquête de la police et de la gendarmerie. Nous savons leur manque de moyens, et leurs conditions de travail sous pression devant des piles de dossiers tous plus urgents les uns que les autres. Et précisément parce que nous les soutenons, nous demandons à l’État de leur donner les moyens de faire ce que la République attend d’eux », a rappelé Emmanuelle Morandeira.
De même, la présidente de Solidarité Femmes Belfort a précisé que « ces chiffres dessinent un constat sans appel : l’impunité demeure trop souvent la norme, nourrie par un manque criant de moyens, un déficit de protection et d’accompagnement, une formation insuffisante des professionnels et un système judiciaire encore insuffisamment adapté au traitement des violences sexuelles et sexistes. »
La prise en charges de victimes de violences sexuelles ou d’enfants victimes de violences exige en effet encore plus de précautions que pour d’autres victimes. « L’enquête pour violences sexuelles n’est pas une enquête comme une autre, a décrit Emmanuelle Moranadeira dans son intervention. Parce qu’une victime en état de psycho-traumatisme ne raconte pas nécessairement les faits dans l’ordre, avec la précision et la cohérence que l’on pourrait attendre d’un témoin ordinaire. Parce qu’une femme sous emprise peut retirer sa plainte, revenir vers son agresseur, minimiser les faits ou paraître hésitante sans que cela signifie que les violences n’ont pas existé. Parce qu’un enfant victime d’inceste peut continuer à aimer la personne qui lui fait du mal. Comprendre ces mécanismes, c’est faire correctement son travail d’enquête et de justice. Les ignorer, c’est bafoué l’humanité de la victime et la rendre aussi victime du système judiciaire censé la protéger. »
« La plus grande victoire est le viol qui n’aura pas lieu »
Elle a également insisté sur la prévention, car « la plus grande victoire contre les violences sexuelles ne sera jamais une condamnation ; la plus grande victoire, c’est le viol qui n’aura jamais eu lieu, la violence évitée ».
La manifestation organisée en juin, après le meurtre de Lyhanna, avait rassemblé une centaine de personnes ; ce chiffre était tombé à une dizaine lors du rassemblement de juillet. 150 à 200 personnes étaient présentes lundi en début de soirée devant le tribunal de Belfort.
« Nous ne lâcherons rien, pour Lyhanna, Gisèle, Laeticia, et tous les autres enfants et femmes en proie à des violences sexistes et sexuelles », a insisté Emmanuelle Morandeira en conclusion.
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