Un déficit de pluie de 85 %
Jamais la situation ne s’était dégradée aussi rapidement et jamais elle n’avait atteint un tel niveau. Les vagues de chaleur et canicules qui se sont succédé depuis mai 200
2026, combinées à des précipitations insuffisantes durant l’hiver 2025-2026 pour recharger la nappe phréatique ont provoqué une sécheresse à un niveau jamais atteint dans le Territoire de Belfort.
Le déficit de pluie est de 85 % par rapport à la moyenne des précipitations durant les vingt dernières années dans le département, souligne Thierry Huver, directeur adjoint de la DDT (direction départementale des territoires).
« On entre dans un niveau de sécheresse jusque-là inconnu », insiste Jean-Marie Wendling, secrétaire général de la préfecture. La situation est surveillée à travers 11 points de mesure des cours d’eau répartis dans le Territoire de Belfort et par des patrouilles sur le terrain qui constatent les niveaux très faibles des cours d’eau, voire leur assèchement.
La canicule a provoqué une dégradation très rapide de la situation. On est passé du niveau de vigilance renforcée, le 1er juillet, au niveau crise (soit le niveau le plus élevé) le 17 juillet, donc en à peine plus de quinze jours. Là aussi, un délai inédit.
Des disparités dans le Territoire de Belfort
La situation est cependant différente entre le sud Territoire et le reste du département. Le sud Territoire de Belfort est en alerte renforcée et tout le reste du département (soit les deux tiers) en « crise sécheresse ». Une disparité qui s’explique par des conditions géologiques et hydrologiques différentes, explique Philippe Menegain, chef de service adjoint au service de l’eau à la DDT.
Le sud du département dépend du bassin versant de la Suisse et dispose d’une nappe phréatique plus profonde que celle du reste du département. D’où une situation hydrologique différente. « Il est donc normal que l’on adapte le niveau des restrictions d’usage de l’eau en fonction de chaque situation », explique en substance le secrétaire général de la préfecture.
En cas de doute sur ce qui est autorisé ou non, il est possible de trouver la réponse facilement sur le site VigiEau : en indiquant son adresse et en indiquant si on est un particulier, un professionnel, une collectivité, une exploitation agricole, le site précise quelles sont les restrictions applicables.
Ne pas laver sa voiture, ne pas marcher dans les cours d’eau
La préfecture a reprécisé en fin de semaine dernière les restrictions d’usage de l’eau. Par exemple, l’interdiction de laver sa voiture dans les stations de lavage : elle a précisé que les exploitants doivent concrètement rendre impossible le lavage. Autrement dit, l’installation d’un simple cône au milieu du passage ne suffit pas : l’exploitant doit prendre des mesures techniques pour couper l’eau.
Des contrôles ont été effectués et une procédure contre une station de lavage a été engagée. A noter que l’automobiliste peut lui aussi être sanctionné. Le lavage de véhicule reste autorisé dans les stations de lavage disposant d’un système de recyclage de l’eau. Une seule station de lavage est dans ce cas dans le Territoire de Belfort : celle de Sermamagny.
L’arrosage du golf a lui aussi été reprécisé : avec une « fin de la dérogation ; arrosage limité aux seuls greens, pendant la tranche horaire autorisée (20 h – 8 h) et dans les volumes prévus par l’arrêté ». Le secrétaire général de la préfecture précise que la profession a négocié à l’échelon national, avec le ministère de l’Environnement, des conditions qui sont donc déclinées dans chaque département.
La nouvelle mesure apportée la semaine dernière portait sur l’interdiction de se déplacer dans les cours d’eau. Elle est motivée par la nécessité de protéger la faune et la flore aquatique qui survit dans le faible débit restant des cours d’eau. Toute intervention sur le cours d’eau, même la construction d’un petit barrage de quelques pierres par le jeu d’un enfant, peut provoquer des répercussions graves, soulignent les techniciens de la DDT.
La récolte de maïs en chute de 50 %
L’agriculture est bien entendu la première touchée. Le rendement de la production de maïs est en baisse de 50 % dans le Territoire de Belfort. Le fourrage pose également problème, comme à l’échelon national. Un problème accentué par la situation de la Suisse, qui connait également une forte sécheresse, et qui achète du fourrage et fait donc monter les prix.
Autre répercussion pour les éleveurs : la baisse de la production de lait. Cette baisse de production et le manque de fourrage pourrait les conduire à abattre plus de bêtes que les autres années. Avec un risque de baisse du prix de vente de la viande en raison d’une hausse de l’offre. Une conjonction de facteurs qui fragilise les exploitations, souligne Jean-Marie Wendling.
A quand un retour à la normale ?
La consommation d’eau a baissé en août dans le département. Difficile de dire si cela est dû au respect des mesures de restriction ou aux départs en vacances. Toujours est-il que les quelques pluies d’orage du week-end dernier ne suffisent pas à améliorer la situation. La chaleur du sol est telle qu’elle engendre une évaporation rapide des pluies passagères. « Il n’y a plus rien de vivant sur 20 à 30 centimètres de profondeur », constate Philippe Menegain.
De fortes pluies ne sont pas souhaitables, car elles engendreraient des ruissellements. L’idéal serait des pluies régulières sur une longue durée. « Il faudrait qu’on ait le parapluie sur la tête pendant plusieurs semaines », illustre le technicien de la DDT. Autant dire que les mesures de restriction sont appelées à perdurer en septembre, avec peut-être des ajustements en fonction des éventuelles précipitations.
La nappe phréatique : une éponge souterraine
On pourrait se représenter la nappe phréatique par un lac souterrain dans lequel il suffit de puiser l’eau à la demande. Cela ressemble plus à une éponge filtrante rocheuse ou alluvionnaire, selon la nature des sols, et plus ou moins profonde selon les régions. Cette éponge piège l’eau sous terre et la filtre. Les cours d’eau en sont la partie émergée.
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