C’est une histoire de combats. De convictions. D’abnégation. Le 26 juin 1981, des médecins lancent l’association Agir ensemble pour notre santé (AEPNS) et créent le centre de soins Léon-Blum, dans le quartier des Résidences, à Belfort. Une association qui salarie ses médecins et dont l’objectif est de réduire les inégalités sociales face aux soins. 45 ans plus tard, l’association a grandi, s’est développée, mais l’esprit de ses débuts ne la quitte pas, surtout quand une partie de ses activités est mise en péril.
Le centre de santé Léon-Blum, installé dans le pôle santé pluridisciplinaire des Résidences, suit près de 5 000 patients par an et a assuré plus de 12 500 consultations en 2025, dont 4 742 n’étaient pas programmés (37,8 % des consultations). L’association porte le tiers-payant pour ses patients, dont le tiers bénéficient de la complémentaire santé solidaire (C2S).
Mais le centre de santé Léon-Blum ne s’arrête pas à cette approche 100 % médicale. Il a aussi proposé 895 consultations psychologiques, organisé des ateliers de promotion et de prévention en santé auprès de 1 404 personnes ou encore tissé 1 231 contacts dans la lutte contre l’isolement social. « En dehors des consultations, il y a plein de choses à faire pour que les gens s’inscrivent dans un parcours de soin », souligne Guillaume Guthleben, le directeur de l’association, qui compte seize salariés, dont quatre médecins, mais aussi une psychologue, une animatrice et une médiatrice en santé ou encore une travailleuse sociale.
Approche globale de la santé
En dehors du pan strictement médical, qu’est-ce qui joue sur la santé de la population ? Les conditions du logement, les ressources, les conditions de travail, l’isolement liste notamment le directeur de la structure. C’est cet aspect « environnemental » de la santé qu’explore l’association depuis 2022, en ayant rejoint une expérimentation nationale ; c’est la seule structure de Bourgogne-Franche-Comté.
Auparavant, le modèle économique de la structure reposait sur les remboursements des actes, par l’Assurance maladie, et des subventions (moins de 10 %). Depuis 2022, avec cette approche plus globale, l’association s’appuie sur un second financement de l’Assurance maladie.
Ces fonds ont notamment permis de recruter une psychologue, qui porte une centaine de suivis. Une animatrice en santé a aussi rejoint l’équipe ; elle crée des événements et des dynamiques de groupe pour faire de la prévention. Une médiatrice en santé a aussi été recrutée. Elle assure le lien pour que les patients fassent appel à leurs droits ou les aide dans les relations avec les institutions. Autre profil qui complète l’équipe : une travailleuse sociale, qui intervient chez les gens et permet d’agir sur l’isolement. Une assistante en santé a aussi été embauchée pour favoriser le lien entre les médecins, la psychologue, la travailleuse sociale, « afin de faciliter les parcours de santé qui sont parfois compliqués », observe le directeur. La structure permet aussi d’aller chercher des patients qui décrochent de leur parcours de soin. Autant de profils créés ces quatre dernières années pour créer un ensemble cohérent.
L’association maintient le dispositif au moins en 2026
Les retours de terrain de cette approche de prévention sont excellents. « Ces personnes sont des repères », assure le directeur. La structure permet de répondre à l’ambition de l’association : travailler globalement la santé.
Pourtant, en début d’année, ce fut la douche froide. L’Assurance maladie, qui est venue chercher la structure pour lancer cette expérimentation, décide d’arrêter son financement. Il est confirmé en 2025. Mais après, rien. L’amertume est forte, alors que l’AEPNS a réussi à transformer une expérimentation en modèle pérenne et structuré. « Notre conseil d’administration a décidé que même si le financement s’arrêtait, on poursuivrait cette activité en 2026, sur nos fonds propres », rassure Guillaume Guthleben. Mais après ?
« Les patients sont mobilisés », ajoute-t-il, heureux d’annoncer le nombre d’adhésions que compte l’association : 250. Une manière de souligner l’attachement à ce service et l’implication de la population dans le projet. Ce n’est pas juste un service public, mais le fruit d’un combat de 45 ans. « Il y a une communauté de destins entre les professionnels et les usagers, apprécie Guillaume Guthleben. Nous ne sommes plus qu’un lieu médical. Depuis 2022, nous sommes devenu un lieu repère, un lieu de santé au sens large. On a tissé de la confiance. »
Malgré les difficultés, l’association ne désarme pas. Les 26 structures françaises impliquées dans l’expérimentation sont mobilisées, notamment autour de trois projets de loi. « Mais ce n’est pas que le combat des 26 structures, rebondit encore Guillaume Guthleben. Nous portons un modèle de transformation de l’offre de soin. » Si les structures de cette expérimentation sont dans des quartiers populaires, les inégalités sociales face à la santé concernent aussi les zones rurales. Selon l’Assurance maladie, plus de 10 % de la population française n’a pas de médecin traitant. C’est pour lutter contre ces inégalités que le centre Léon-Blum avait été créé en 1981. Le combat est toujours d’actualité.