Selon une étude récente de l’Insee, le nombre de seniors en perte d’autonomie pourrait augmenter de 24 %, d’ici 20 ans, en Bourgogne-Franche-Comté ; un tiers de ces pertes d’autonomie serait des pertes d’autonomie sévères. Une réalité que l’on observe déjà dans les services hospitaliers. 30 % de l’activité de l’hôpital Nord Franche-Comté (HNFC) est aujourd’hui consacrée à la prise en charge du sujet âgé. Et 25 % des patients accueillis aux urgences de l’HNFC ont, par exemple, plus de 75 ans, contre 20 % à l’échelle régionale. On perçoit déjà des problématiques aux urgences, avec des prises en charges plus lourdes et plus longues, des délais d’attente extrêmement longs ou encore des manques de lits d’accueil après le passage aux urgences, créant un goulet d’étranglement dans les couloirs du service.
Cette bombe démographique implique une coordination étroite de tous les acteurs du territoire inscrit dans la prise en charge des personnes âgées. Un travail mis en place par le groupe hospitalier territorial Nord Franche-Comté, regroupant l’hôpital et le CHSLD Chênois. L’agence régionale de santé leur a justement attribué un label « filière gériatrique », saluant ce travail de réseau. La crise sanitaire avait révélé les insuffisances du système, notamment pour la prise en charge des personnes âgées. En parallèle, les communautés professionnelles territoriales de santé se sont développées dans le territoire (lire notre article), favorisant les liens entre acteurs et encourageant ce type de démarche.
Recrutement, formation
« C’est un travail fondamental, compte tenu des enjeux démographique », a souligné Pascal Mathis, le directeur général de l’hôpital Nord Franche-Comté. L’idée est de mettre en place une filière gériatrique, de réfléchir aux parcours, tout en œuvrant « pour que chacun [des professionnels] trouve a place ». Cette prise en charge en termes de filière invite « à faire tomber les barrières », convient Pascal Mathis et à associer tous les acteurs d’un même territoire. « Pour les usagers et leurs proches, il n’y a pas de frontière institutionnelles », confirme Sandrine Bulet, directrice territoriale Nord Franche-Comté de l’ARS, qui a remis le label. Qui ajoute : « Une filière, ce n’est pas qu’un établissement, c’est un ensemble d’acteurs qui accompagne les personnes âgées tout au long de son parcours. »
« Tout professionnel de santé est concerné » par cette réalité démographique, replace encore le directeur de l’hôpital. Qui souligne : « On ne peut pas institutionnaliser tout le monde. » Une réalité que perçoit déjà l’étude de l’Insee citée précédemment : 7 personnes âgées sur 10 en perte d’autonomie vivront à domicile, à l’horizon 2055. Cette perspective implique une nécessité : le recrutement de 8 à 14 000 salariés supplémentaires pour les services d’aides à domicile et 1 250 places supplémentaires en service de soins infirmiers à domicile d’ici 2030. Il demande aussi un effort de « formation », note Pascal Mathis et un lien étroit entre les acteurs de santé et l’univers médico-social et entre la médecine de ville et celle de l’hôpital. Il faut également donner envie de rejoindre ce secteur d’activité, insiste Pascal Mathis, conscient du défi.
Cette mise en réseau implique, par ailleurs, que « les système d’information soit interopérables », suggère Pascal Mathis, pour que « l‘information circule ». Les acteurs de cette filière réfléchissent par exemple à la mise en place d’un hôpital de jour, pour faciliter les rendez-vous en spécialité, l’édition d’un annuaire des professionnels ou encore au déploiement de la télé-médecine. Il faut éviter les hospitalisations inutiles et les ruptures de parcours. L’objectif : plus de prévention pour retarder les prises en charges plus lourdes.

