En Suisse, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. Comme celle de cette entreprise installée à Porrentruy (République du canton du Jura), qui veut transformer des déchets plastiques en essence, gasoil, kérosène ou naphta. Par les temps qui courent, cela revient presque à changer du plomb en or…
Claude Etique est le co-fondateur de HVO, il y a quatre ans, de la société qui développe cette technologie et les machines pour la mettre en œuvre. A l’origine, il est agriculteur à Bure, tout près de la frontière franco-suisse. Il a déjà lancé d’autres projets, comme celui d’une station de biogaz pour automobile, à partir d’une unité de méthanisation sur son exploitation. A Delle, dans le Territoire de Belfort, il a créé une usine de méthanisation. Et il recherche en France (éventuellement à Delle également) 1000 m² de bâtiments pour concrétiser son projet de recyclage de plastique en produits pétroliers.
Il n’est est donc pas à sa première société. Son but : « Développer des entreprises qui font du bien à la planète ». Mais sans rechercher de subventions : « Le marché doit payer », explique-t-il. A la RTS (Radio Télévision Suisse), il explique également qu’il est contre la décroissance et que l’homme, peu à peu, trouvera des solutions économiquement viables pour l’environnement.
1 litre de carburant à partir d’1 kilo de plastique
La technologie pour recycler des déchets plastiques et les transformer en produits pétroliers est la pyrolise. « Le principe de la pyrolyse des déchets plastiques est de briser la chaîne des macromolécules de polyoléfines et de les casser en très petites molécules à des températures élevées et dans des conditions sans oxygène ou déficientes en oxygène, précise le site de la société HVO. Ce procédé permet de densifier la matière première et, ainsi, d’obtenir un liquide à fortes valeurs énergétiques. Le raffinage du liquide en sortie de pyrolyse permet l’extraction de produits valorisables (éthylène, propylène et aromatiques) qui sont des briques de base de l’industrie chimique (plasturgie, cosmétique, solvants…). Le liquide restant peut être valorisé en tant que carburant (diesel et essence), appelé « refuel ».
« Avec 1 kg de déchets plastiques, on fait 1 litre de carburant », explique Claude Etique dans le hangar de l’entreprise à Porrentruy. Pour appuyer ses explications, il se place devant une table où il présente des déchets plastiques broyés et des récipients avec des carburants plus ou moins clairs : du disesel lourd, léger, du kérosène, du naphta, de l’essence. « On redonne de la valeur aux déchets, qui redeviennent un produit », se réjouit-il.
La technologie a été développée il y a plus de dix ans, mais le concept a été relancé voici cinq ans. Claude Etique collabore avec Samuel Moussa, un ingénieur qui développe la technologie.
Cibler les régions dans filières de recyclage
Dans le hangar, il y a un dispositif de petite taille déjà monté, et d’autres stockés, ainsi qu’une machine de taille beaucoup plus importante. Claude Etique affirme avoir vendu quatre machines, en France et en Suisse, en instance de livraison.
« L’Afrique est très demandeuse », explique également Claude Etique, en raison de l’absence de filière de recyclage des plastiques. Il veut y diffuser des conteneurs plug and play, autrement dit immédiatement utilisables. Les régions insulaires sont également des marchés de choix, en raison de la difficulté à recycler les déchets. Claude Etique affirme qu’un dispositif peut traiter 300 kg de déchets en une heure.
Il affirme aussi être en mesure de traiter des huiles de vidange, ou des pneus. Le tout sans produire de CO2.
La société HVO emploie une quinzaine de personnes (développement, informatique, administratif et commerciaux). Claude Etique n’a pas souhaité communiqué son chiffre d’affaires.
Xavier Prévotat, directeur de l’ADNFC (agence de développement nord Franche-Comté), confirme avoir été sollicité par HVO pour une implantation dans le nord Franche-Comté. Il indique que des propositions de sites lui seront faites, sachant que l’implantation relèvera des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE).
D’autres entreprises, y compris de grands groupes pétroliers, explorent la technologie de la pyrolyse pour retraiter le plastique.

