(AFP)
Exécution au Sri Lanka, oppression des femmes au Kirghizstan, suicide en Corée… le festival des cinémas d’Asie s’ouvre demain, mardi 25 janvier, à Vesoul, avec une compétition dominée par les affres du monde contemporain. Près d’une centaine de films originaires de 24 pays, de la Méditerranée à la mer du Japon, avec quelque 30 000 spectateurs attendus pour une semaine d’orgie cinématographique dans la capitale de la Haute-Saône : depuis sa première édition en 1995, le Festival international des cinémas d’Asie (Fica) s’est fait un nom loin de ses frontières communales. « C’est incroyable comment on a réussi à mettre Vesoul sur la carte mondiale du cinéma », s’enthousiasme Jean-Marc Thérouanne, qui, avec son épouse, Martine, tient à bout de bras la manifestation. Elle a attiré 800 000 spectateurs en plus de trente ans. Témoin de la notoriété de l’événement: le jury de l’édition 2026 est présidée par le Chinois Wang Bing, roi du documentaire, qui devra départager les dix-huit films en compétition (neuf œuvres de fiction et autant de docus) en remettant un Cyclo d’or.
A noter, côté fiction, Riverstone, du Sri lankais Lalith Rathnayake, une œuvre « profondément bouleversante », selon Jean-Marc Thérouanne, présentée en première européenne après avoir raflé deux récompenses en juin 2025 au Festival du film de Shanghai. Dans une île où la peine de mort est abolie de facto depuis un demi-siècle, des policiers accompagnent vers son village un condamné à mort qui sait que le but du voyage est de procéder à son exécution extra-judiciaire, camouflée en accident.
La condition des femmes au coeur de plusieurs films
Kurak se penche sur les violences faites aux femmes au Kirghizstan, sur fond d’emprise de la nomenklatura et de drogue du violeur. Un film « courageux, un cinéma militant », observe M. Thérouanne pour l’AFP. Des femmes également au cœur de Full Plate, qui traite de la relation compliquée en Inde entre islam et hindouisme. « Dans une société indienne où la montée du BJP (parti du Premier ministre indien Narendra Modi) accentue les tensions religieuses, le film montre qu’avec la compréhension, on peut les résoudre », souligne le cinéphile.
La Corée du Sud, qui a remporté l’an dernier le Cyclo d’or avec The Land of Morning Calm, présente cette année Beautiful Dreamer, de Lee Kwang-kuk, en première mondiale. Dans ce pays, qui détient l’un des taux de suicide les plus élevés du monde, le film met en scène une veuve aux prises avec le souvenir de son époux qui a mis fin à ses jours. « Un cinéma très sensible, à la François Ozon », selon Jean-Marc Thérouanne.
Mystères et boule d'opium
L’Iranien Abbas Nezamdoost présente Duality, l’histoire d’un couple qui se déchire avant un dramatique accident de voiture. « C’est Les Choses de la vie à l’iranienne », commente Jean-Marc Thérouanne, qui précise que le cinéaste sera présent à Vesoul, malgré la crise dans son pays. Ce dernier « brave la censure, car s’il n’y a pas de message politique, il filme les femmes sans voile ». Côté chinois, Zhang Lu, déjà deux fois vainqueur de la compétition vésulienne, revient avec Gloaming in Luomu, du nom d’un village hors du temps.
« Touche d’humour » dans une programmation assez sombre, Take Off, de son compatriote Peng Fei, narre les aventures plutôt cocasses d’une montgolfière dans le nord-est chinois.
Before the Bright Day, du Taïwanais Tsao Shih-han, se penche lui sur la révolte d’un adolescent contre son père dans les années 1990, un désir d’indépendance qui peut évoquer la situation de Taïwan face à Pékin.
Du côté des documentaires, deux films palestiniens, Gaza to Oscar et Hassan sont en compétition. Répondant à tous les goûts, le festival propose aussi de nombreux longs-métrages, venus du Proche-Orient ou du « toit du monde », en passant par des dessins animés japonais, ou encore des films policiers ou d’espionnage réunis sous le thème « Mystères et boule d’opium ».
Solidaires avec les artistes iraniens
« Les organisateurs du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul suivent heure par heure l’évolution de la situation en Iran, indiquent-ils dans un communiqué. Les nouvelles arrivent à la fois par l’intermédiaire de l’ambassade de France en Iran, mais aussi par des contacts sur place, quand la situation le permet et que les communications peuvent s’établir avec le pays. Certains invités iraniens sont entravés dans leurs déplacements, et ne pourront pas se rendre à Vesoul pour parler de leur art, présenter leurs films et rencontrer leur public français. Cela est pour nous un terrible déchirement, et une profonde atteinte aux libertés, notamment artistiques. Ces quelques désagréments ne sont évidemment rien comparés à la tragédie vécue par le peuple iranien, auquel nous pensons très fort à chaque instant. »