Rendez-vous donné à Ronchamp, le 6 mars. Réunis, une dizaine de personnes : élus régionaux, membres du PCF, représentants d’associations d’usagers (Autau), associations, syndicats de cheminots… Cette réunion marque le début d’une mobilisation contre la menace de fermeture qui pèse sur la ligne ferroviaire Belfort-Lure-Épinal. Cette desserte fine pour les habitants du nord de la Franche-Comté, fait partie des cinq lignes que la Région Bourgogne-Franche-Comté estime trop coûteuses à entretenir sans arbitrages budgétaires.
« On ne pourra pas faire tous les travaux, il y aura des choix à faire », avait prévenu en décembre Michel Neugnot, premier vice-président de la Région en charge des mobilités, évoquant un besoin global de 300 millions d’euros pour la sauvegarde des petites lignes. Une déclaration qui a immédiatement suscité l’inquiétude des élus locaux et des usagers, conscients du risque de voir ces liaisons ferroviaires remplacées par des cars, une solution jugée peu adaptée aux enjeux environnementaux et territoriaux (lire ici).
Lors de la réunion, tous soulignent l’importance vitale de cette ligne. « C’est le maillon qui permet de rallier Belfort à la Lorraine », rappelle Jean-Jacques Vernier, président de l’Association des usagers des transports de l’Aire urbaine. Tous soulignent son rôle clé dans le bassin de Luxeuil-les-Bains et des Vosges.
Catherine Faucogney, présidente du Comité de vigilance pour le maintien des services publics en Haute-Saône, craint que sa disparition entraîne un effet domino sur les autres services publics. Lure, notamment, « en a besoin pour se développer. Tout comme Luxeuil, qui a une cure thermale et un lycée », détaille Gilles Lazar (PCF), élu local et régional. « Actuellement, on fait tout pour dégoûter les gens de cette ligne », s’indigne Rabah Amira, secrétaire général de la CGT des cheminots de Belfort-Montbéliard. Il dénonce les horaires limités mais aussi des retards répétés. Pourquoi ? Car l’état des lignes force les conducteurs à de gros ralentissements sur certaines portions. Résultat : des retards au total parfois de plus de 30 minutes pour les usagers.
15 millions avant 2028
Le maintien de la ligne nécessiterait un investissement de 90 millions d’euros sur dix ans, dont 15 millions à engager avant 2028. Un premier pas indispensable selon Muriel Ternant, conseillère régionale, qui souligne le rôle structurant de ces lignes de maillage fin. Malgré un service qui se détériore, la fréquentation des gares a augmenté de 10 à 20 % depuis 2019, preuve de son utilité pour les usagers, note l’Autau.
Cette situation n’est pas isolée. La Bourgogne-Franche-Comté recense cinq lignes particulièrement menacées, dont la ligne des Hirondelles (Andelot-Saint-Claude) et la ligne Clamecy-Corbigny dans le Morvan. La ligne Belfort-Lure-Épinal, quant à elle,avait bénéficié de travaux entre 2021 et 2023, avec une interruption totale des circulations lors de l’été 2023. Le renouvellement de la voie entre Luxeuil-les-Bains et Aillevillers avait été financé à hauteur de 1,9 million d’euros, mais de nombreuses portions restent dégradées, par manque d’investissement.
En France, le réseau ferré a entre 30 et 50 ans d’âge en moyenne selon les sections, contre 17 ans en Allemagne et 15 ans en Suisse. « Le train est un mode de transport qui demande des investissements. Ce n’est pas possible autrement. Aujourd’hui, en France, ce n’est pas possible avec la logique d’austérité du gouvernement. Mais on se demande quand même où en est le plan Borne qui annonçait 100 milliards d’euros d’investissement pour le train en France », rit jaune Muriel Ternant, présidente régionale du PCF.

Plus de cadencements
Si les investissements sont faits, un autre problème se posera. Aujourd’hui, seuls quatre allers-retours sont assurés en semaine, pour une durée de trajet d’environ 1h30. Un service insuffisant et aléatoire, regrettent les usagers. Tous plaident pour une réfection de la ligne, mais également pour une réflexion forte sur le cadencement. Actuellement, seuls quatre allers-retours quotidiens sont assurés, une offre jugée insuffisante par les associations. « Soit vous partez à 6h du matin, soit à 11h. Ce n’est pas possible, on ne peut pas continuer comme ça », commente Jean-Jacques Vernier.
« On aimerait un train cadencé, qui puisse coller à la demande », explique Anna Maillard, du groupe des Écologistes à la Région. Toutes les heures, ou toutes les demi-heures, selon la demande, complète le président de l’Autau. L’objectif serait d’atteindre 16 allers-retours par jour. « Une meilleure fréquence permettrait d’attirer plus d’usagers et de justifier des investissements durables dans l’entretien de la ligne. Si la cadence augmente, cela engendrera aussi des recettes de billetterie », détaille Muriel Ternant, du PCF.
Une réunion publique le 14 mars
La présidente de Région, Marie-Guite Dufay, doit présenter en mars une stratégie de financement pour ces lignes lors du vote du budget. Avec la compétence des TER, la Région assure le fonctionnement à hauteur de 80%. Mais elle explique ne pas pouvoir débloquer les fonds nécessaires aux travaux sur l’ensemble des lignes menacées sans l’aide de l’Etat.
« Si on veut faire vivre la ruralité, si on veut continuer à avoir des étudiants, desservir les services publics, il va falloir que l’État mette les moyens », abonde le groupe. « Il faut qu’on réussisse à faire pression sur l’État », poursuit-il. « Il doit le faire, il doit participer à la remise en état de la ligne », martèle Jean-Jacques Vernier, de l’Autau. Le collectif voudrait aussi que la Région « affirme une volonté politique forte ».
Une réunion publique est prévue le 14 mars pour poursuivre la mobilisation, inciter les citoyens à s’engager et préparer les prochaines actions. « Il faut créer un rapport de force. Ensuite, on pourra réfléchir à une grande mobilisation », conclut le groupe.
Réunion publique : Lure – vendredi 14 mars, 20h, salle des associations (page de l’association ici)