À la sortie d’Étueffont, un panneau annonce une impasse dans cinq kilomètres. Pourtant, en continuant sur cette route, les automobilistes ne tombent pas sur une rue résidentielle, comme on pourrait s’y attendre, mais bien sur un village entier. Perché sur le versant sud du massif des Vosges, prend place la commune la moins peuplée du Territoire de Belfort : Lamadeleine-Val-des-Anges. Seulement 46 habitants sont recensés par l’Insee, au 1er janvier 2026. En ce mercredi du début de mars, la porte de la mairie est ouverte. Olivier Bazin, le maire, discute avec Karine, la secrétaire de mairie. Alors que les élections municipales arrivent à grands pas, sur la porte vitrée, le planning des assesseurs est déjà affiché.
« C’est une première cette année. On a deux listes qui se présentent », constate Olivier Bazin, penché sur le palier de la mairie. Candidat pour un nouveau mandat, il est tête de liste de « Les habitants de Lamadeleine-Val-des-Anges d’abord ». Mais trois personnes de son conseil ont monté une liste d’opposition : « Tous unis au Val-des-Anges ». À sa tête, Alexandre Gable, actuellement conseiller municipal. Deux listes pour 46 habitants, soit 14 citoyens qui sont présents sur les listes, Lamadeleine-Val-des-Anges fait partie des originalités de ces élections municipales. « C’est familial ici. Si vous enlevez la famille Bazin qui est ma famille, la famille Gable qui est installée plus haut, explique le maire en pointant la rue montante, vous enlevez la moitié du village. »
Un bal champêtre au coeur des différends
« J’ai été maire par la force des choses », se souvient l’édile. En 2021, Olivier Bazin, alors premier adjoint, reprend les rênes de la mairie après le décès de Guillaume Simonin. Dans cette commune où tout le monde se connaît, le maire sortant ne compte pas faire de campagne. « Les habitants connaissent mes valeurs, ils savent ce que je veux faire, je ne ferai pas de communication », développe-t-il. Ce dernier, très attaché à son village de naissance, a un objectif : continuer à œuvrer pour Lamadeleine-Val-des-Anges.
De l’autre côté de la route, la chapelle Sainte-Madeleine s’élève. Tous les ans, le village organise une messe suivie d’un bal champêtre. « Ici, vous êtes au cœur du village », sourit le maire. En 2025, suite à certains désaccords, la fête n’a pourtant pas eu lieu. Olivier Bazin l’assure, s’il est réélu, il compte bien poursuivre la tradition.
« Si la commune et le conseil municipal actuel fonctionnait bien, on n’en serait pas arrivé là », regrette Alexandre Gable, l’autre tête de liste. Cet ouvrier d’un sous-traitant de Peugeot se lance dans la course aux municipales. Pourtant, lui non plus ne souhaite pas faire une réelle campagne. « C’est un parti pris, convient le candidat. Quoique l’on fasse, ceux qui ont envie de voter pour nous le feront et ceux qui veulent voter pour l’adversaire le feront aussi. » La campagne a débuté depuis bien longtemps dans le village.
Le natif de Lamadeleine-Val-des-Anges a un objectif : retrouver le patrimoine. « Mes parents, grands-parents et arrière-grands-parents habitaient ici. On est installé dans le village depuis la Révolution. » Et pour continuer de perdurer les traditions locales, il souhaite restaurer la chapelle Sainte-Madeleine et faire revenir ses anciennes statues. « Il y a 70 ans, elles sont parties de manière illégale dans le village voisin », dénonce-t-il.
Si la présence de deux listes témoigne d’une vitalité démocratique dans le village, l’ambiance n’en est pas moins pesante. « Je suis un peu déçu par la tournure que prennent les élections », regrette Olivier Bazin, un brin désabusé.
Boucher, maire, déneigeur, paysagiste…
« Ça fait cinq ans que je me donne à fond », replace Olivier Bazin. Le chef-boucher de métier partage son temps entre son travail et la mairie. Et il l’assure, il ne compte pas ses heures à Lamadeleine-Val-des-Anges : « Si je suis élu, c’est bien. Si je ne suis pas élu, les autres se rendront compte de ce que je fais aujourd’hui ». Être maire d’une petite commune, c’est savoir relever moultes défis. La base du travail, l’aspect administratif, reste la même qu’une grande ville, mais les à-côtés sont bien plus conséquents. « Je suis un maire travailleur qui fait un peu tout parce que nous n’avons pas d’employés de commune », précise Olivier Bazin. Déneigement de la chaussée, fleurissement de la mairie, entretien des fossés… en treillis de travail, l’édile liste ses différentes missions. Après un appel, il repart rapidement s’occuper de sa tâche du jour.
Un café à la main, Karine, la secrétaire de mairie, planche sur son bureau. Depuis ses fenêtres, elle peut apercevoir la cime des arbres vosgiens. « Quand on arrive le matin, le soleil, les arbres, les oiseaux, au printemps, c’est magnifique. » Arrivée en 2020, elle se souvient de la période avant que la fibre ne soit installée. Par manque de débit, impossible de faire fonctionner le logiciel permettant de faire les budgets. « J’étais obligée de prendre l’ordinateur, l’écran, la tour et de travailler à la maison », se remémore-t-elle, avec un léger sourire.
« J’ai peur que les gens se découragent ou que la jeunesse ne reprenne pas derrière », s’inquiète la secrétaire. Ce qu’elle redoute surtout, c’est le rattachement avec les communes voisines. « Je ne suis pas sûre que ça soit au bénéfice des habitants », se soucie Karine. La mise en place du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) complique, pour Lamadeleine-Val-des-Anges, la création de terrains constructibles. Une préoccupation d’autant plus importante que le village a une spécificité bien particulière : il n’est pas connecté au réseau d’eau potable. « Si quelqu’un veut un permis de construire, il doit donc avoir une source », explique le maire, en pointant du doigt le ruisseau passant en face de la mairie. Il sert à alimenter le bâtiment communal.
Autre avantage de n’avoir que 40 habitants : la rapidité du dépouillement. Et la mairie n’est pas confrontée à la difficulté de trouver des assesseurs pour assurer l’organisation du scrutin. « À ce niveau-là, on n’a pas de problème », s’en amuse, finalement, Karine. À Lamadeleine-Val-des-Anges, les élections municipales mobilisent les habitants.