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Sous le marché couvert de la ville, la maire (divers droite) Michèle Lutz, entourée d’une dizaine de militants, prend des nouvelles des commerçants, avant d’aller tracter à l’extérieur. Cette ancienne coiffeuse dirige la municipalité depuis 2017, quand son mentor, Jean Rottner (Les Républicains), lui a laissé le fauteuil pour devenir président de la région Grand Est.
En 2020, elle avait été reconduite sans difficulté, avec 38,6% des suffrages exprimés au second tour dans le cadre d’une quadrangulaire – mais sur fond d’abstention massive, en pleine pandémie de covid, qui avait frappé Mulhouse de plein fouet. Le mandat qui s’achève, malgré un bilan sérieux – gratuité des transports pour les séniors, recul de l’endettement, rénovation des écoles… – a été perturbé par l’exclusion de plusieurs adjoints, dont une partie se présentent ensemble contre la maire.
« Les gens ont été déçus, quelque part », tacle la candidate Renaissance, Lara Million. « Ça prouve qu’il n’y a pas d’unité », que l’équipe sortante « n’a pas su fédérer », selon elle.
"Tourner une page"
Candidat sans étiquette, Annouar Sassi, qui se situe plutôt au centre-gauche et entend représenter les quartiers populaires, pointe également « un vrai clivage », qui « aujourd’hui fait que les politiques publiques ne bénéficient pas à toutes et à tous ». Des divisions dont le candidat écologiste Loïc Minery, 39 ans, à la tête d’une union de la gauche (sans La France insoumise), rêve de profiter pour faire revenir la ville dans le giron de son camp et mettre fin à ce qu’il estime être une « anomalie historique ».
C’est en 2007 que le maire d’alors, Jean-Marie Bockel, élu sous l’étiquette socialiste depuis 1989, avait rallié Nicolas Sarkozy, faisant basculer de facto la ville à droite, qui y est restée depuis. « On a une forte attente de renouveau, on a la volonté de tourner une page. Et ça, c’est exprimé par les habitants ; c’est dit très clairement », assure M. Minery.
Mulhouse, 100 000 habitants, est l’un des principaux espoirs de conquête du parti vert, donné perdant dans plusieurs villes qu’il a remportées en 2020 – dont la capitale régionale, Strasbourg.
« Je suis certes écologiste, mais c’est une union de la gauche », tempère cependant le candidat quand on le lui fait remarquer. Spontanément, il évoque d’ailleurs peu le climat et l’environnement, chevaux de bataille principaux des Verts, leur préférant des thématiques traditionnelles de la gauche – santé, logement… – mais aussi la sécurité du quotidien.
Une douzaine de candidats
Marquée par l’industrie textile et automobile – l’usine Stellantis emploie encore près de 5 000 personnes – la sociologie locale est bien éloignée de celle de la plupart des communes dirigées par les Verts : 16,3 % des Mulhousiens de 15 ans ou plus étaient ouvriers en 2022 (contre 11,6 % des Français).
Pour Sébastien Michon, chercheur en sociologie politique à Strasbourg, « c’est une des seules villes où (…) il pourrait y avoir un basculement à gauche et écologiste », avec un candidat qui « s’est assez vite imposé comme leader de la gauche » et pourrait « réunir » un camp qui s’est longtemps déchiré après la perte de l’Hôtel de ville.
Le jeu est d’autant plus ouvert que, sur la douzaine de prétendants au premier tour, au moins trois candidates représentent la droite et le centre-droit, sans compter d’autres ne se revendiquant ni de gauche ni de droite.
Pour M. Michon, la maire part affaiblie par les défections dans son équipe : dans une telle situation, « c’est compliqué à gérer, vous perdez beaucoup d’énergie à éviter que d’autres prennent le train. » Le fait que quatre listes (LR, gauche, Renaissance et Rassemblement national) se soient maintenues au second tour en 2020 en « encourage d’autres à tenter leur chance », analyse-t-il.
« Ce que certains considèrent comme une guerre des partis, pour moi, c’est juste la démocratie vivante », évacue la maire, désormais non encartée, et soutenue par Horizons et LR, son ancien parti.
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