30 ans d’étés « plus longs et plus intenses » dans la région

Le réchauffement climatique devrait rehausser la température dans nos régions de 2 °C d’ici 2050. Cela affectera la flore et les paysages, mais aussi ses habitants. Yves Richard, responsable du centre de recherche climatologique de Dijon, s’intéresse à l’impact de ce réchauffement en Bourgogne-Franche-Comté. Éléments de réponse.

Les jours où la température dépasse les 30 °C s’accumulent. Et selon Yves Richard, professeur à l’université de Dijon et responsable du centre de recherche climatologique du même centre universitaire, « ces épisodes deviendront de plus en plus intenses et de plus en plus longs dans les prochaines années ». Aujourd’hui, les prévisions assurent une augmentation des températures de 2 °C d’ici 2050, « et ce, peu importe les politiques environnementales que l’on pourrait mettre en place », assure le chercheur.
La question se pose donc pour la fin du siècle et les différentes hypothèses tablent sur une augmentation oscillant entre + 2 et + 5 °C, selon les politiques environnementales mises en place. Dans nos régions, cela se traduira par des hivers plus doux, « les vagues de froid comme celle de février 1956, il n’y en aura plus », illustre Yves Richard. Des hivers donc plus confortables, mais des étés « plus chaud, plus long. Les épisodes de sécheresses et de canicules se multiplieront bien sûr », assure le professeur.

Des paysages transformés

Ce décalage des saisons est particulièrement visible dans le monde agricole où « les vendanges et les moissons se font plusieurs semaines plus tôt qu’il y a une trentaine d’années », explique Yves Richard. Les paysages régionaux pourraient aussi être fortement modifiés. « Le hêtre, arbre emblématique de nos forêts, n’aime pas les longues périodes sèches. Il devra se développer ailleurs : en altitude, sur les flancs nord », indique le chercheur. Même chose pour l’épicéa dans le Jura ou les sapins Douglas, exploité dans le Morvan notamment. « À terme, des variétés d’arbres remonteront des zones méditerranéennes. » Des migrations qu’il faudra accompagner pour le chercheur, tout comme il faudra une réelle politique autour des incendies : « Une bonne gouvernance supposerait que l’on anticipe, en gérant nos forêts comme sont gérées celles des régions méditerranéennes, à savoir avec des coupes pare-feux, afin d’éviter que les incendies se propagent sur des zones immenses, ainsi qu’en développant la surveillance. » Les prairies devraient elles aussi devenir beaucoup plus sèches et moins verdoyantes.

La politique de l’eau en question

« Nous ne savons pas, par contre, si la pluviométrie va augmenter ou diminuer », concède Yves Richard. Mais avec le rallongement et l’intensité des étés, si la pluviométrie reste à ce niveau, la question de la gestion de l’eau se posera irrémédiablement. « Nous serons dans des situations de stress hydrique dès que les hivers avec leur lot de pluie et de neige ne rechargeront pas les réserves. L’année passée, c’est ce qui est arrivé. Cette année, en revanche, nous n’avons pas ce type de problèmes », constate le chercheur. De véritables politiques et arbitrages pour la gestion de l’eau seront nécessaires. Pis, ce manque d’eau ne provoquera que plus de chaleur puisque l’eau dans les sols a pour effet de diminuer la température. « C’est en grande partie à cause de cela que la sécheresse de 2003 a été aussi importante. Les mois précédents avaient été très chauds et cet effet de diminution de la chaleur avait disparu ! » Pour les trente prochaines années, tout semble déjà réglé. Reste à savoir si l’homme veut continuer sur ce chemin

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