Nicole Cordier, le souffle de la transmission

L’auteure Nicole Cordier a sorti début janvier son nouveau livre : Énigme généalogique. De Bergame à Saint-Pétersbourg. Elle part sur les traces d’un potentiel aïeul, l’architecte Giacomo Quarenghi.

L’auteure Nicole Cordier a sorti début janvier son nouveau livre : Énigme généalogique. De Bergame à Saint-Pétersbourg. Elle part sur les traces d’un potentiel aïeul, l’architecte Giacomo Quarenghi. De l’Italie à la Russie, Nicole Cordier rend compte de son enquête, décrit les lieux où elle passe… Mais surtout, consigne ses rencontres. Et transmet.

Historiae. L’immense œuvre d’Hérodote. Un précieux témoin de l’Antiquité. Souvent, on la traduit par Histoires. Or, c’est plutôt la notion d’enquête qui prime dans la démarche de l’historien grec, qui a fait de longs voyages pour façonner cette compilation.

À la lecture du projet de Nicole Cordier, c’est cette référence qui a émergé. La quête d’une histoire familiale, façonnée autour d’un carnet de voyage qui guide le lecteur des ruelles de Bergame à l’immensité de Saint-Pétersbourg. Des monuments de Rome, la Cité éternelle, au faste du palais d’Hiver dans la cité impériale russe. Le point commun de ces destinations : Giacomo Quarenghi (1744-1817), l’architecte de la Grande Catherine de Russie.

Ode à la découverte

Mais pourquoi diable, Nicole Cordier remonte-t-elle la piste de Giacomo Quarenghi ? Dans O Mia Patria, son précédent ouvrage, l’auteure a remonté la piste de son grand-père, Giacinto Querenghi. De l’Italie jusqu’à Delle, dans le Territoire de Belfort. Un maçon plein de bienveillance qui a émigré dans les années 1920. Quarenghi. Querenghi… La proximité orthographique est trop proche pour être ignorée. C’est la rencontre de Lena, une artiste russe installée dans le sud du Territoire de Belfort, qui fait basculer cette histoire. Et encourage l’auteure, résidente de Delle, à tirer les bobines de cette histoire familiale. Lena lui permet surtout de partir en Russie. De dépasser la barrière de la langue. Elle facilite aussi quelques rencontres et découvertes, pour marcher dans les traces de cette figure singulière. Déifiée en Russie. Méconnue en Europe occidentale.

Au-delà de l’issue de cette quête, ce qui prime dans le récit, ce sont les découvertes. Découvrez la bibliothèque municipale de Bergame dans ces pages et vous cocherez rapidement cette destination. On meurt d’envie d’admirer la façade palladienne de cet édifice. On espère découvrir l’un des 2 280 incunables conservés entre ses murs. On trépigne de divaguer dans la salle des mappemondes anciennes de Vincenzo Coronelli (1650-1718). Nicole Cordier décrit, toujours. Avec force détails. « L’enquête est un prétexte », acquiesce Nicole Cordier, qui aime marcher sur les traces de ses racines italiennes, mais aussi découvrir des contrées lointaines. « Je prends toujours des notes. J’ai donc une documentation importante », détaille-t-elle pour expliquer les références soignées de ses descriptions. Au départ, il n’y avait même pas forcément de projet d’écriture sur ce livre. Mais de fil en aiguille, l’histoire s’est tissée. 

Pouchkine

Ses virées en Russie sont placées sous le patronat de Pouchkine, dont elle parle souvent. Un auteur qui a révolutionné la littérature russe. Il a conté les légendes et les histoires populaires de l’empire. Il l’a surtout fait en russe. Il est mort dans un duel l’opposant à un Français, sous fond de drame passionnel, Georges-Charles d’Anthès. Un Alsacien, militaire et homme politique, qui a effectué son collège à Lachapelle-sous-Rougemont (aujourd’hui dans le Territoire de Belfort).

« Je n’avais aucune idée de comment le construire », sourit l’auteure. Elle l’a fait à sa manière. Non pas en racontant pas à pas les cheminements de son enquête, mais en présentant les personnages qui ont contribué à tirer le fil. Lena. Macha. Egidio. Le cousin Giulio…

Car l’autre identité de ce récit, ce sont les protagonistes. « Ce que j’aime, ce sont les rencontres, confie Nicole Cordier. Je suis passionnée par la psychologie des gens, par ce qu’ils ont vécu. » Elle aime conter leur trajectoire. Leurs maux. Leurs espoirs. Leurs réussites. Ces rencontres se mêlent de pensées beaucoup plus personnelles. Pas étonnant qu’elle apprécie dévorer des biographies et non pas des romans. Et moins étonnant, encore, que son récit soit très personnel. Elle écrit ses sentiments. Ses ressentiments. Elle décrit ce qui l’exalte. Ou ce qui l’agace. « J’ai besoin de mettre de l’humain. Et si je mets le mien, c’est parce que c’est celui que je connais le mieux. »

Transmettre

Si rencontres et descriptions sont si présentes, c’est que Nicole Cordier veut transmettre. « J’ai transmis en tant que professeur, en tant que mère de famille et maintenant au grand public. » Elle a toujours voulu écrire. Toute sa vie, elle a tenu une correspondance soutenue avec des proches. Plusieurs pages par semaine. Cette ancienne professeure de mathématique a décidé de prendre sa retraite en 2006, à 55 ans, pour se consacrer à sa passion. Ses enfants sont grands. Elle ne sera plus dérangée par le célèbre : « Quand est-ce que l’on mange ? » Elle ne veut pas perdre de temps. Celle qui aime les romans de Jean-Christophe Ruffin chronique, aujourd’hui, chaque semaine dans La Tribune de Montélimar, chaque trimestre dans L’Esprit Comtois et anime un blog. Elle a publié en parallèle trois livres. Sans compter les innombrables carnets dont elle a noirci les pages après la visite d’une exposition ou après un voyage avec un de ses petits-enfants. Pour y noter des sentiments. Des anecdotes. Des rencontres. Inlassablement.  

 

À la fin du livre, le résultat de l’enquête n’est peut-être pas celui que l’on imagine découvrir au début de la lecture. Mais peu importe. L’essentiel n’est pas là. Il réside dans le périple décrit pendant les 130 pages. C’est en tout cas le message de l’auteure, qui conclut subtilement avec Joachim du Bellay : « Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux / Que des palais romains le front audacieux. » On a fait un beau voyage.