Montbéliard : un dialogue social hostile à Faurecia Siedboubs

Assignations à comparaître devant le tribunal, lettres d’huissiers, impossibilité de négociation : la grève démarrée mardi 19 avril chez l’équipementier Siedoubs, émanant de Faurecia, ne se déroule pas vraiment comme prévu. 

Assignations à comparaître devant le tribunal, lettres d’huissiers, impossibilité de négociation : la grève démarrée mardi 19 avril chez l’équipementier Siedoubs à Montbéliard et Étupes, émanant de Faurecia, se déroule dans une ambiance des plus hostiles. La direction est rapidement monté au créneau. Une attitude qui choque les syndicats, qui dénoncent des tentatives « d’intimidation ».  mis à jour le 21 avril à 22h42

Montbéliard, Étupes : l’équipementier Siedoubs, qui fournit des sièges automobiles aux usines Stellantis de Sochaux et de Mulhouse est quasiment à l’arrêt depuis trois jours. L’intersyndicale (CGT, CFDT, FO) a appelé à la grève depuis mardi et depuis, sur les deux sites de production, les salariés, hors intérimaires, tiennent le piquet de grève. « Nous occupons les lieux toute la journée, depuis 5h, mardi matin », explique un délégué syndical CGT, joint par téléphone. 

En cause : une prime insuffisante de 800 euros et une hausse des salaires « plus que décevante », de 2,5%. « En off, on nous avait promis 3,5% de hausse salariale et 1 500 euros de prime. Nous sommes loin du compte », explique le délégué syndical de la CGT. Désormais, les salariés réclament une hausse salariale de 5% et une prime de 3 500 euros. Mais outre les désillusions sur les salaires, ce qui choque dans cette grève, c’est la violence dans la riposte de la direction. Selon des documents auxquels Le Trois a eu accès et les témoignages recueillis, la direction a sévi très rapidement. Une façon de faire qui étonne, qui choque employés, syndiqués et députés du territoire. 

« Tentatives d’intimidation »

Devant l’usine Faurecia Siedoubs, à Montbéliard, ce jeudi en fin d’après-midi, les camions rentrent sans difficulté sur le site. Les salariés, eux, sont dehors, assis sur des chaises. Ils discutent. Deux délégués syndicaux de la CFDT racontent : « Nous avons commencé la grève à 5h, mardi matin. Une demi-heure plus tard, une huissière était là. La police aussi. Ils ont pris des photos, beaucoup de photos. Des lettres nous convoquant pour des entretiens préalables à des licenciements et des assignations à comparaître ont commencé à tomber, sans raison. Nous n’avons pourtant rien dégradé et nous avons joué le jeu en appelant la direction dès le départ, pour prévenir. »

Pour quatorze d’entre eux – selon un document que Le Trois a pu consulter – comme pour le délégué syndical présent devant l’usine ce jeudi, des assignations à comparaître devant le tribunal judiciaire ont été remises en main propre par des huissiers, directement au domicile des employés. « Quand l’huissier est arrivé chez moi, il était accompagné de quatre policiers. »  Des informations que confirment plusieurs salariés ainsi qu’un délégué syndical FO qui détaille : « Les huissiers se sont rendus directement aux domiciles des salariés, accompagnés de la brigade anti-criminelle (sic). »

Selon nos informations, la situation s’est tendue entre grévistes et direction lors des premières heures de grève, mardi 19 avril. Les employés grévistes auraient bloqué l’accès d’entrée aux camions ; une manière de perturber la production à flux tendu de l’usine, qui doit alimenter en direct les usines Stellantis, qui attendent les pièces. Rapidement, la direction prend la décision de saisir la justice pour entrave au travail. Pourtant, du côté des syndicalistes, le ressenti n’est pas le même. CGT, CFDT, FO : tous s’accordent pour dire que la grève s’est déroulée dans le calme, et sans véritable blocage. Un syndicaliste FO tempère : « Lors du premier jour de grève, une petite dizaine de salariés se sont mis à côté d’un camion de livraison pour empêcher de livrer le client. Ça n’a pas duré longtemps, mais les ennuis sont sûrement partis de là. »

En plus des assignations à comparaître, de nombreux employés ont reçu des lettres d’huissiers, que Le Trois a pu consulter, avec une convocation pour un « entretien préalable » de leur employeur. « Le directeur des ressources humaines nous a informés que plus de soixante lettres avaient été envoyées », précise les délégués syndicaux de la CFDT.  « Tout ça, c’est de l’intimidation et ça ne marchera pas », s’énerve un délégué syndical de la CGT. Tandis qu’un collègue, délégué syndical FO, précise : « Ils nous menacent de licenciement pour fautes lourdes. » 

De son côté, le tribunal judiciaire de Montbéliard a rendu le 20 avril 2022 (soit dès le lendemain du premier jour de grève) une ordonnance de référé au terme de laquelle il a estimé que l’action de grève, depuis le 19 avril sur les sites de Montbéliard et Étupes, constitue « un trouble manifestement illicite et est abusive ». Il est précisé que toute personne bloquant l’entrée ou les sorties sera expulsée, « si nécessaire avec le concours de la force publique ». Dans un mail relatant cette décision de justice, il est aussi détaillé que les 14 personnes qui ont fait l’objet d’une assignation pourront être condamnées au paiement d’une astreinte de 1 000 euros pour chaque manquement constaté et devront aussi payer les frais d’huissiers et de procédure.

Des pratiques d’un autre temps

« Tout ce que nous faisons, c’est utiliser notre droit de grève et réclamer des revalorisations salariales au vu de l’inflation galopante », écrit, par message, un délégué syndical de la CGT. « Il n’y a eu aucun débordement. Un huissier est repassé aujourd’hui (jeudi 21 avril, NDLR) et a constaté qu’aucun salarié ne bloquait le passage », précise-t-il. Le souci, c’est le dialogue, impossible entre la direction et le personnel.  « Depuis deux semaines déjà, le dialogue est rompu. La direction n’a pas voulu discuter pendant les négociations et les trois réunions qui avaient été programmées », explique le délégué syndical CGT. Il précise que les salariés ne comptent rien lâcher malgré les tentatives « d’intimidation » qu’il considère « choquantes », comme tous les salariés interrogés par téléphone et devant l’usine de Montbéliard ce jeudi. 

De son côté, le député de la majorité Frédéric Barbier, contacté par téléphone, dénonce des « pratiques d’un autre temps » et « excessivement violentes » envers les salariés. Avec le député LREM Denis Sommer, élu de la 3e circonscription du Doubs, Frédéric Barbier a contacté la direction, les syndicats mais aussi le préfet pour tenter d’engranger une désescalade. « Nous ne partageons pas du tout la manière de traiter le personnel. Ce genre de pratique ne devrait plus exister, il faut que cela cesse et que cela se fasse dans le respect », expose le député. « Faurecia se porte bien, ils font des investissements, s’assurent des bénéfices importants. Ils doivent aussi s’assurer de bien payer leurs sous-traitants et d’assurer une juste répartition. Les salariés en ont besoin, ils se battent pour leur salaire », conclut le député.

Des négociations ont eu lieu, ce jeudi. Les grévistes n’accepteront le dialogue qu’à la condition que la direction annule toutes les lettres destinées à convoquer les salariés. Selon les syndicats, elle n’a pas accepté. Jointe par téléphone à ce sujet, il n’a pas été possible d’être mis en relation avec la direction. La grève continuera donc ce vendredi et peut-être au delà. « Nous voulons la garantie que tous les salariés sont hors de danger pour leur emploi », explique un délégué syndical de Force ouvrière. « Pour le moment, ce n’est pas le cas.» Tous, espèrent du nouveau d’ici le début du week-end.

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