L’hydrogène, l’énergie du futur

Daniel Hissel, professeur à l’université de Franche-Comté travaille depuis une vingtaine d’années sur la pile à combustible. Responsable d’une équipe au laboratoire de Belfort, il aime à croire que les procédés que ses équipes développent sont promis à un bel avenir.

Quel point commun entre la ville de Belfort et les missions Apollo qui ont amené un homme sur la Lune au siècle dernier ? Réponse : la pile à hydrogène. La pile à combustible était à l’époque utilisée pour fournir de l’électricité aux cockpits de commande. La première pile à combustible date de 1839, avant même les moteurs thermiques. « Les opportunités industrielles et la découverte du pétrole ont fait du moteur thermique ce qu’il est aujourd’hui », explique Daniel Hissel. Si l’hydrogène est l’atome le plus présent dans l’univers, il est quasiment introuvable à l’état naturel sur Terre, la gravité n’étant pas assez forte pour le retenir dans l’atmosphère. Deux réactions chimiques sont donc essentielles : la première consiste à créer de l’hydrogène grâce à un courant électrique. La seconde fait l’inverse, et produit de l’électricité grâce à de l’hydrogène. Alors quel intérêt ? Le stockage. Aujourd’hui, il est impossible de stocker de l’électricité mis à part dans de petites proportions comme avec une batterie. En revanche, l’hydrogène est relativement simple à stocker. À Belfort, les équipes travaillent sur deux branches : la production d’hydrogène à partir d’énergie renouvelable et l’intégration de pile à combustible existante à des systèmes.

Des applications déjà nombreuses

« Bien sûr, ce sont les transports qui sont les plus visibles par le grand public, mais les applications sont très nombreuses et les transports représentent la moitié de ce sur quoi nous travaillons », explique le professeur de l’université de Franche-Comté. Il choisit l’exemple du chariot élévateur : « Des entreprises comme Ikea en ont des milliers. Si vous en prenez qui fonctionne au gasoil, vous intoxiquez tout le monde. Si vous prenez une batterie électrique, vous devez avoir le double de chariot, car il y a un temps de recharge. Avec une pile à combustible, tout ce que vous rejetez c’est de la vapeur d’eau et vous faites le plein en quelques minutes. Ce genre de marché a permis une véritable croissance de la demande. » À tel point, qu’entre 40 et 50 projets mettent en permanence à contribution les 150 personnes qui travaillent sur le site de Belfort. Autre application intéressante, l’habitat. La pile à hydrogène produit de l’électricité et de la chaleur. Il serait ainsi possible, à la manière d’une cuve de fioul, d’avoir une cuve d’hydrogène. La maison serait ainsi alimentée en électricité ainsi qu’en chaleur, le tout sans émissions de polluants.

La production d’hydrogène, un bémol environnemental bientôt réglé

Cependant, ce système n’est pas, pour le moment, écologique. L’hydrogène peut être extrait d’hydrocarbures ou grâce à un courant électrique. Si ce courant n’est pas produit par une énergie propre, alors la pile à combustible n’est pas « propre ». C’est pour cela que le laboratoire belfortain s’intéresse à la production propre d’hydrogène. Parmi leurs projets, on trouve par exemple un parc éolien au nord de la Norvège, dans le cercle arctique. Former de l’hydrogène à partir d’une électricité propre permet un cercle vertueux puisque la pile à combustible ne rejette que de la vapeur d’eau. Dernier avantage, ces piles peuvent facilement remplacer les méthodes d’alimentation actuelle. Pour un train à l’hydrogène, il n’est pas nécessaire de transformer les rails par exemple. Les possibilités d’applications sont donc de plus en plus nombreuses. L’Allemagne a lancé son premier train régional à l’hydrogène ; les véhicules de La Poste ont fonctionné de la même façon dans le pays de Montbéliard… « Il y a aujourd’hui une vraie mobilisation. L’environnement devient une question clé et l’hydrogène jouit d’une image propre. La France fait partie du peloton de tête dans ce domaine, mais il ne faut surtout pas ralentir la cadence », conclut Daniel Hissel. Persuadé que ce système est le futur de l’énergie, le professeur reste certain que l’innovation, jadis dans les fusées, sera à la portée de tous dans les prochaines années.