La promesse poétique des Clowns de la Chiffogne

Du 2 mai au 5 mai, Les Clowns de la Chiffogne organisent la 12e édition du festival du Nez rouge, à Montbéliard. La promesse d’une parenthèse poétique. Ils font vivre l’art des clowns dans la cité des Princes.

Depuis plus de 30 ans, Les Clowns de la Chiffogne font vivre l’art des clowns à Montbéliard. Du 2 mai au 5 mai, ils organisent le festival du Nez rouge. La promesse d’une parenthèse poétique. Nous sommes partis à la rencontre de ces clowns contemporains, des concentrés d’émotions et de sincérité.

Il y a faire le clown. Et être clown. C’est cette subtile différence que je m’apprête à découvrir en ce jeudi soir, sur les hauteurs du quartier de la Chiffogne, à Montbéliard. Je pousse la porte d’un préfabriqué, installé juste à côté de la déchetterie. C’est le local des illustres Clowns de la Chiffogne. En face de moi, il y a Chantal, Marie et Laurent. Ou ne devrais-je pas plutôt dire Olive, Macha et Charlus, leur nom de clown ? Ce que je vais apprendre ici, c’est que l’un ne va pas sans l’autre. « Être clown, c’est s’accepter tel que l’on est. On reste naturel », confie Chantal, clown depuis 1999. « C’est une autre façon d’être soi-même », complète Marie, qui a longtemps regardé les autres avant de passer le nez rouge à son visage, à l’automne 2018.

Les Clowns de la Chiffogne existent depuis 1983. « Au départ, les fondateurs ont commencé par l’animation du quartier », rappelle Laurent, un ancien sous-officier de l’armée de terre, clown depuis 2009. Un quartier auquel ils sont toujours fidèles. Aujourd’hui, Les Clowns de la Chiffogne proposent des ateliers adultes et enfants à l’année et organisent le festival du Nez rouge, dont la 12e édition commence jeudi 2 mai. Ils proposent des spectacles, mais interviennent également dans des maisons de retraite, des écoles, des instituts médico-éducatifs. Quatorze bénévoles assurent ces missions et animations, épaulés par un groupe d’une quarantaine de personnes

Fil de soi(e)

Ici, pas de tartes à la crème. Les Clowns de la Chiffogne perpétuent le clown traditionnel. Le clown circassien. Celui qui écoute. Regarde. Partage. « Au théâtre, on joue, on interprète et on dialogue. Mais il y a un mur avec le public, analyse Laurent. Le clown, au contraire, n’a pas de filtres sur scène. Il parle avec le corps car il n’y a pas de parole. » Une idée parfaitement exprimée par l’auteur et metteur en scène François Cervantes, dans Le Clown Arletti, vingt ans de ravissement. « [Clown], ce n’est pas un acte d’interprète. Le clown n’est pas un acteur », souligne-t-il. Et de constater, plus loin : « Son acte est absolument personnel et authentique. » Les qualités premières d’un clown, ce sont bien la sincérité et l’empathie.

Sans public et sans échanges, il n’y a donc pas de clown. Il transmet et se nourrit des réactions. « Il tisse un fil de soi(e) à destination du public, qui le reçoit et le renvoie, décrit Laurent. Le clown invite le public à entrer dans sa bulle. A partagé ce qu’il est. »

« Chaque personne a un clown en lui. Même les plus aigris »
Laurent Campagne
Membre des Clowns de la Chiffogne

Les yeux, miroirs de l’âme

Dans les numéros, les clowns proposent un miroir de soi. Mais aussi un miroir des autres. Voire de la société. Les mouvements sont lents. Décomposés. Pour mieux appréhender et transmettre un message, sûrement, avec la force de la naïveté. Comme un enfant. Comme un nouveau-né. Ou bien un nouveau-nez ? Qui sait… « Car chaque personne a un clown en lui, estime Laurent. Même les plus aigris. » Le défi, le faire ressortir et accepter sa poésie.

Si le clown accepte de se mettre à nu, le nez rouge permet quant à lui de garder la distance. Mais si l’on croit que ce nez rouge – « le plus petit masque du monde », dixit Laurent – est l’élément central du visage, on oublie qu’il souligne surtout les yeux et le regard. Et ne dit-on pas que les yeux sont le miroir de l’âme ? Quelle meilleure preuve de sincérité. « Le clown ne dit pas un poème, il ne fait pas un poème, il est un poème », résume François Cervantes. C’est cette promesse de poésie qui attendent les curieux qui se rendent au festival du Nez rouge à partir de jeudi. La promesse d’un monde à part.

  • Le festival du Nez rouge, du 2 au 5 mai, à Montbéliard. Spectacles en salle jeudi 2 mai (spectacle d’inauguration en hommage à Michel Brocard) et vendredi 3 mai (9 € et 7 € pour les moins de 12 ans). Samedi 4 mai, spectacles dans la rue piétonne dès 14 h 30 (gratuit) et concours La Nuit des clowns au théâtre à 20 h (9 € et 7 € pour les moins de 12 ans). Dimanche 5 mai, lâcher de clowns dès 14 h 30 au parc du Près-la-Rose (gratuit). Renseignements, programmation et billetterie sur le site de l’association.

Au revoir Michel Brocard

Michel Brocard, dit Broc. L’un des fondateurs des Clowns de la Chiffogne. Ancien président de l’association aussi. Il s’en est allé le 5 mai 2018. Deux heures avant un spectacle. Brutalement. Mais la troupe a quand même joué. Une forme de respect à l’homme qu’il était. À l’époque, « on a pris la foudre », confie Laurent. Lors des obsèques, les Clowns de la Chiffogne avaient porté leur nez rouge. Pour cette 12e édition du festival du Nez rouge, ils veulent lui rendre un vibrant hommage. Et prendre le temps de le faire. Le spectacle inaugural, jeudi, est construit autour de la valise, comme un clin d’œil. « C’est avec des valises pleines de mélancolie, de tendresse et d’espoir que Les Clowns de la Chiffogne ouvrent cette année le 12e festival du Nez rouge », promet la programmation. Ce spectacle est là pour dire au revoir à Broc. Pour transmettre le témoin. « On dit en Afrique qu’un vieux qui meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît, écrit François Cervantes, avant de filer la métaphore. Je pense qu’un clown qui apparaît, c’est un poème qui nous est donné, et qu’un clown qui disparaît c’est un poème que l’on ne pourra plus lire. » Une idée qui résonne promptement avec cette 12e édition.