Kem Lalot : « Avec GeNeRiQ on peut aller encore plus loin »

La 12e édition de l’anti-festival GeNeRiQ se tient du 7 au 10 février de Mulhouse à Dijon, en passant par Belfort, le pays de Montbéliard et Besançon. Placée sous le signe du vacarme, cette édition va encore bousculer les curieux. Entretien avec le programmateur, Kem Lalot.

Cette 12e édition est placée sous le signe du vacarme. Qu’est-ce que cela signifie ?

Kem Lalot Notre idée, était d’avoir du vacarme participatif. Dans la rue, pour interpeller les gens avec un projet différent. À Dijon, par exemple, ce sera une sorte de You can be heroes. Les gens auront un casque sur la tête et se comporteront comme s’ils chantaient. Dans le même esprit qu’un flash mob.

Quel vacarme est préparé dans le nord Franche-Comté ?

KLIl est incarné par la performance autour des cors des Alpes. Nous nous sommes aperçus que beaucoup de gens en pratiquaient dans le secteur. Il y a des associations à Voujeaucourt (Voujeau’cors), Belfort (Alpacor), Ranspach (Les cors de la haute Thur) et à Delémont (L’Écho de Vorbourg. On a aussi appris que Xavier Scheid, responsable de l’action culturelle et des pratiques collectives au conservatoire Henri-Dutilleux de Belfort, était fan. Il nous a confirmé que c’était un instrument particulier. Certes, on ne peut pas tout faire, mais il est possible de faire des happenings. Il a même rapidement identifié Depeche Mode ! À Belfort, dimanche, à 11 h 30, une fois que les cloches auront fini de sonner, les cors des Alpes vont enchaîner… Il y en aura une vingtaine. Ce sera imposant sur la place d’Armes, tout comme sur le parvis de la mairie à Montbéliard. Ce sera majestueux.

Quel est le fil rouge de cette édition ?

KL – À chaque édition, nous avons des artistes qui passent dans toutes les villes. Ce sont nos fils rouges. Cette année, on retrouve Faraj Suleiman, Mario Batkovic, Ann O’aro, Johan Papaconstantino (excepté à Mulhouse) et Delgres. Ann O’aro, par exemple, qui vient de la Réunion, n’avait pas de tournée. Avec ce festival, on lui propose 4 dates et un cachet correct. Cela devient intéressant pour elle de programmer une tournée. C’est pareil pour Delgres. Avec le festival, on est force de propositions. Et des artistes comme Faraj Suleiman, c’est simple de programmer plusieurs dates. Il faut seulement un bon piano. Le format du festival se prête à les faire venir.

Une vingtaine de joueurs de cors des Alpes se produiront à Belfort et Montbéliard.

Entre le jazz moderne de Faraj Suleiman, les punks de MNNQNS, la profondeur rock d’Anna Calvi, le génie de Mario Batkovic ou la révolte de Delgres, on a une programmation très éclectique dans le nord Franche-Comté. Est-ce volontaire ?

KLGeNeRiQ a un spectre plus large que les Eurockéennes. Anna Calvi pourrait venir aux Eurockéennes, en groupe, mais pas en format solo comme on la programme à GeNeRiQ. Il serait difficile aussi de programmer le pianiste Faraj Suleiman, car il ne faut pas de pollution sonore. Avec ce festival, on peut aller plus loin que dans nos programmations habituelles, avec d’autres formats. On peut également faire des soirées plus pointues. En temps normal, on pourrait hésiter à associer Bodega, MNQNS et Hubert Lenoir, par peur de ne pas remplir. Mais avec GeNeRiQ, on a une étiquette, une spécificité, et le public nous fait confiance. Il nous suit.  

Avec la création autour de Mario Batkovic, GeNeRiQ innove. Quel est le but recherché ?

KLLes créations, on les réservait souvent pour les Eurockéennes, car cela demande des moyens, du temps et de l’énergie. Cette création est en cours depuis deux ans. En 2017, j’ai découvert Mario Batkovic au festival Eurosonic de Groningen (Pays-Bas). Au début, je ne voulais pas aller voir un accordéoniste. Mais j’ai pris une tarte. Je le fais alors venir au festival Impetus. Il me parle de ses projets, me dit qu’il est multi-instrumentiste. J’imaginais bien un contrebassiste avec sa musique. Mais le projet n’était pas assez ficelé en 2018. On s’est revu au mois de mai dernier, à Berne. Il me dit : « Écoute. J’ai réfléchis à ton projet. Cela va être terrible. » Il voulait quelque chose de frais. Il sera associé à Reverend Beat-man, une figure du rockabilly. Ils seront accompagnés de quatre contrebassistes de différents styles musicaux. Ils préparent un show de 75 minutes. On connaît l’intro, avec une performance de Mario Batkovic à l’accordéon. Mais pas la suite.

Cette édition ne coupe pas à la tradition des lieux insolites, avec notamment l’hôpital nord Franche-Comté…

KL – David Demange (directeur du Moloco, NDLR) a appris que l’hôpital avait envie, à moyen terme, d’installer un piano dans le hall. C’est un esprit qui va bien à GeNeRiQ. L’hôpital est aussi le centre de l’Aire urbaine. On souhaitait y programmer un artiste à la teinte du festival. L’ovni Faraj Suleiman s’est vite imposé. Sa veine moderne, jazz et pop nous plaisait bien. Et il y a un côté symbolique très fort. C’est la première fois que le festival accueille un Palestinien et un Israélien (Rotem Bar Or, avec le groupe TheAngelcy, NDLR) dans la même édition.

  • Festival GeNeRiQ, du 7 au 10 février, à Mulhouse, dans le nord Franche-Comté, à Besançon et à Dijon. Programmation et billetterie sur le site du festival. Faraj Suleiman (Mercredi à l’hôpital Nord-Franche-Comté et dimanche à la mairie de Montbéliard), Brooke Bentham (jeudi au Vieux Garage Café à Belfort), Johan Papaconstantino (vendredi au musée d’histoire de Belfort) et Kel Assouf (samedi à la Tour 41) sont complets. Les concerts des cors des Alpes et de Ann O’aro sont gratuits.