Ehpad : « Nous avons besoin de bras et de temps… » clament direction et soignants

Pour la première fois, les directeurs des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) se sont associés aux infirmiers, aides-soignants et auxiliaires de vie lors des manifestations du mardi 30 janvier. Contraints de mettre l’humain de côté, tous perdent petit à petit le goût d’un travail qu’ils avaient pourtant choisi pour cette raison.

300 personnes se sont réunies place Corbis à Belfort ce mardi 30 janvier à l’appel de la CFDT santé sociaux de l’Aire urbaine. Parmi eux, des infirmiers, des aides-soignants, des auxiliaires de vie, tous venus contester les manques de moyens et les conditions de travail de plus en plus compliquées dans les Ehpad ou les soins à domicile. « On ne peut plus continuer comme ça, il y a urgence, explique Corinne Peter, secrétaire de la CFDT. Nous ne pouvons pas réaliser des prises en charge dignes de nos résidants et usagers. » Un ras-le-bol général, auquel la ministre de la Santé Agnès Buzyn a répondu en injectant 50 millions d’euros aux Ehpad. Ils viennent s’ajouter aux 100 millions prévus à cet effet dans le budget 2018. Pour les 360 centres pour personnes âgées de Bourgogne-Franche-Comté, cela représentera 19 millions d’euros… Mais sur 5 ans selon les syndicats. Insuffisant pour les directeurs d’établissements qui s’étaient joints aux manifestants.

« On ne peut pas offrir un service à la hauteur des tarifs »

Maryline Bovée est correspondante pour l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) en Bourgogne-Franche-Comté et directrice de l’établissement Résidence du Parc à Audincourt. Elle aussi avait choisi de participer à cette manifestation par solidarité avec le personnel et « pour une réforme globale de la tarification. Il y a un vrai décalage entre ce que souhaitent les résidants, ce que peuvent réaliser les professionnels et ce que veulent les familles. C’est un véritable rapport de clientèle et on ne peut pas offrir un service à la hauteur des tarifs. »

Car si la Sécurité sociale et le Département prennent en charge une partie des dépenses d’un Ehpad (notamment les infirmiers et les aides-soignants), les familles prennent en charge à 70 % les agents du service hospitalier (ce qui correspond aux missions de ménage notamment) et à 100 % la direction, les animations ou encore la cuisine… Ce qui conduit à des notes élevées, en moyenne autour de 2 800 euros par mois selon une étude conduite en 2012. « Cela provoque un mécontentement des familles et le travail du directeur devient de plus en plus compliqué », déplore Maryline Bovée.

« Nous avons besoin de bras et de temps… »

Derrière les difficultés des directeurs, on trouve une autre fatalité : « Il est de plus en plus difficile de trouver des postulants, surtout dans des régions comme la nôtre. » Résultat, le recours à des postes intérimaires ou à des conventions de directions communes sont de plus en plus fréquents. « Je n’ai pas choisi ce métier pour être chef d’entreprise », assure la directrice de l’Ehpad d’Audincourt, faisant écho aux infirmiers et aides-soignants qui ont « choisi ce travail pour être proche des gens ». Car si les soins techniques sont donnés, il n’y a aujourd’hui plus de temps pour réaliser les soins compassionnels ; « S’arrêter et discuter tout simplement », expliquent les aides-soignants présents à la manifestation.

« Le décalage entre les résidants, pour qui chaque action prend du temps, et le personnel qui court dans tous les sens sans s’arrêter, met les résidants mal à l’aise, insiste Marylin Bovée. Les aides-soignants et infirmiers font de petites choses à la place des résidants pour aller plus vite. Les résidants perdent alors en autonomie et ce n’est absolument pas ce que nous voulons. »

« Beaucoup d’efforts sont faits et je ne veux pas dépeindre un tableau noir, car tout le monde essaye de faire son travail du mieux possible, mais on ne peut faire plus. C’est un appel au secours, lance la directrice. Chacun a un proche en maison de retraite, et il y en aura de plus en plus. L’humanité est toujours là, tout ce dont nous avons besoin ce sont des bras et du temps… »

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