David Philot : « Nous sommes dans une zone de circulation active du virus »

Les mesures se renforcent pour freiner la diffusion du coronavirus Covid-19, notamment dans le nord Franche-Comté. Une situation qui inquiète la population sur son quotidien. Elle a pu interroger le préfet du Territoire de Belfort, ce samedi matin, sur les ondes de France bleu Belfort-Montbéliard. Reportage.

Les mesures se renforcent pour freiner la diffusion du coronavirus Covid-19, notamment dans le nord Franche-Comté (des mesures encore renforcées depuis samedi soir). Une situation qui inquiète la population sur son quotidien. Elle a pu interroger le préfet du Territoire de Belfort, ce samedi matin, sur les ondes de France bleu Belfort-Montbéliard. Reportage.

200 appels en heure. Ce samedi matin, de 8 h à 9 h, le standard de France bleu Belfort-Montbéliard a été pris d’assaut. C’est un nombre d’appels reçus très rare. À l’image de la situation exceptionnelle à laquelle sont confrontés le monde, la France et le nord Franche-Comté. La station locale de la radio publique a accueilli David Philot, préfet du Territoire de Belfort. De Strasbourg à Besançon, la région est dans une zone « de circulation active du virus », a confirmé David Philot. Les auditeurs ont donc pu questionner le représentant de l’État sur l’épidémie du coronavirus Covid-19 et sur le renforcement des mesures, d’abord nationales, puis locales. Les données locales sur l’épidémie ne sont plus communiquées depuis quelques jours. Il n’y a que des comptages régionaux. Le préfet confirme toutefois que le Territoire de Belfort est au-delà du seuil de 10 personnes contaminées pour 100 000 habitants. On évoque un ratio plus près de 20 pour 100 000 habitants.  

Aide aux entreprises

« Puis-je aller faire mes courses ? » questionne d’emblée le rédacteur en chef de la station, Jonathan Landais, reprenant des inquiétudes entendues au téléphone et à l’antenne. « On peut tout à fait aller faire ses courses », approuve le préfet, qui invite « les organisations commerciales », à gérer les flux pour limiter la proximité et l’attente en caisse. Sur d’éventuelles pénuries, il affirme « qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir là-dessus ». Interrogé sur l’économie, David Philot a indiqué avoir activé une cellule de veille des entreprises avec ses homologues des finances publiques et avec la médiation de la Banque de France. Il a confirmé les délais accordés, pour les échéances de mars, sur les charges fiscales et sociales. Des mesures très fortes sur l’activité partielle sont prises (70 % du salaire brut pris en charge par l’État) ; une part qui devrait être augmentée prochainement, mais on attend une communication du ministre de l’Économie.

Certains auditeurs se sont étonnés que la patinoire soit ouverte, mais pas la piscine ou certains gymnases. Il a donc rappelé la mise en application, depuis vendredi soir, d’un arrêté (à retrouver ci-dessous) précisant : « Les rassemblements mettant en présence de manière simultanée plus de 50 personnes en milieu clos, de quelque nature que ce soit, sont interdits dans le Territoire de Belfort (également dans le Doubs et dans le pays d’Héricourt, NDLR) à compter de la date de publication de cet arrêté et jusqu’au mercredi 15 avril inclus. » À partir de samedi, tout doit se conformer à cet arrêté. Les commerces, bars ou encore les cinémas ne sont pas concernés par cette mesure. Tout comme les mariages ou les obsèques, pour lesquels on demande de limiter « le nombre de participants ». C’était justement la question d’André, habitant dans la région d’Héricourt, tout près du Territoire de Belfort. Il veut organiser une fête de famille dans une salle communale, début avril. Peut-il le faire ? « Sur le plan légal et juridique, cela peut se tenir », confirme le préfet, sans vouloir parler à la place de son homologue de Haute-Saône. Il invite surtout à respecter les gestes barrières. « Ce n’est pas le moment de faire la bise, surtout à votre grand-mère », glisse-t-il. Une remarque dans la lignée de l’expression de cette matinale : « Le bon sens. » Voire « la responsabilité individuelle et collective. » « Il est certain que l’on n’organise plus un mariage aujourd’hui comme on le faisait il y a trois mois », constate le préfet.

Maintenir la vie démocratique

Il faut respecter scrupuleusement les gestes barrières (tousser dans son coude, ne pas se faire la bise ou se serrer les mains, se laver sérieusement et régulièrement les mains, utiliser des mouchoirs à usage unique et les jeter…). Si les écoles, crèches ou encore universités sont fermées, c’est justement que l’on sait que les gestes barrières sont plus difficiles à mettre en place avec les enfants, qui peuvent être porteurs sains. « Ce sont des mesures fortes, contraignantes, pour freiner la diffusion du virus », reconnaît le préfet. De fait, on ne va pas ouvrir des modes de garde alternatifs à la fermeture de ces établissements. Certaines professions peuvent toutefois profiter d’un moyen de garde (les métiers liées à la santé notamment). Il faut venir à l’école avec sa carte professionnelle ou un bulletin de salaire indique le préfet. La crèche de l’hôpital est par exemple toujours ouverte pour le personnel. Et le préfet d’inviter à multiplier les actions de solidarité « entre voisins » et « familiales », en évitant de recourir aux personnes âgées. Les assistantes maternelles ont toujours le droit de garder des enfants, dans la limite de leur agrément.

L’une des questions régulièrement posées concernait les élections. Seront-elles légitimes si l’abstention atteint des records ? « C’est le choix du président de la République. Il est vital de maintenir une vie démocratique », insiste le préfet, qui rappelle que des mesures sont prises pour que le scrutin se passe en « toute quiétude et en sécurité » : nettoyage ; coupe-file pour les personnes âgées ; marquage au sol pour respecter les distances de sécurité. Il invite à venir avec son stylo, à respecter, encore une fois, les gestes barrières. « Il n’y a pas plus de risques à aller voter qu’à faire ses courses », rappelle David Philot, même s’il comprend les inquiétudes. Pour les personnes fragiles, on peut opter pour des procurations, encore réalisables à la gendarmerie, à la police ou au tribunal judiciaire. Ce sera encore possible ce dimanche confirme-t-il. Les forces de l’ordre se déplacent même à domicile si besoin.

Pendant une heure, ce samedi matin, le préfet a fait preuve de pédagogie pour mobiliser le territoire et les habitants. « [Les auditeurs] ont besoin d’entendre ça », confirme Stéphane Vallée, directeur de France bleu Belfort-Montbéliard. Pour lutter, collectivement. Et faire que « la vie continue », note le préfet, David Philot.

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