Inondations : la gestion à Belfort a-t-elle des conséquences à Montbéliard ? [Enquête]

Ces dernières semaines, et particulièrement ces derniers jours, l’eau s’est invitée dans de nombreuses habitations, commerces et entreprises du pays de Montbéliard. L’urbanisation autour des cours d’eau pourrait être l’une des causes principales de ces inondations. Mais la gestion des inondations dans le Territoire de Belfort ne pourrait-elle pas non plus avoir des conséquences plus en aval, dans le pays de Montbéliard ? Enquête, à l’échelle de l’Aire urbaine, du sommet du ballon d’Alsace à la confluence de l’Allan avec le Doubs, non loin de Voujeaucourt, pour comprendre ces débordements aux justifications multiples.

L’Aire urbaine a été frappée par deux évènements météorologiques importants au mois de janvier. D’abord, le passage de la tempête Eleanor, puis une forte crue lors de la semaine du 22 janvier. Le Doubs est largement sorti de son lit. Au total, 55 communes ont été touchées, dont Audincourt, Valentigney et Voujeaucourt… Des entreprises ont également dû avoir recours au chômage technique cette semaine, notamment Faurecia, qui s’est réveillée avec 20 cm d’eau à l’intérieur de ses ateliers. La production de PSA a donc été touchée par un effet domino. Cet évènement a mobilisé près de 500 pompiers et coupé une centaine de routes dans le Doubs depuis le début de semaine. Pourtant, cette dernière crue n’était qu’une crue biennale. Autrement dit, la probabilité qu’une crue de cet ordre en termes de débit ne se produise est d’une année sur deux. Au contraire, la crue provoquée par la tempête Eleanor était cinquantennale, soit une probabilité qu’elle se produise une fois tous les 50 ans. Les conséquences de ces crues sont pourtant inversement proportionnelles.

Écrêter les niveaux d'eau depuis le Territoire

Dans le Territoire de Belfort, « en deux heures, nous pouvons passer d’un état de sécheresse à une alerte inondation  », explique Marie-Claude Chitry-Clerc, vice-présidente en charge de l’environnement au conseil départemental. « Ce sont des crues torrentielles, l’eau devient ingérable aussi vite qu’elle redevient calme », poursuit-elle. Ces derniers jours, le département a pourtant été préservé en termes d’inondation, notamment au regard de son voisin. Pour faire face à cette physionomie particulière, trois bassins d’écrêtement ont été installés en aval de Belfort et de Valdoie. Des solutions mises en place à la suite des graves inondations de 2001 et de la rupture de digues. En cas de fort débit, l’eau de la rivière est déviée et le niveau du cours d’eau diminue. « C’est principalement un système de protection du bassin versant. On peut ainsi baisser le niveau d’environ 25 cm sur des zones comme le pays de Montbéliard », remarque Marie-Claude Chitry-Clerc. Utiliser lors de la tempête Eleanor, ce système n’a pas pu être utilisé cette semaine. Mais pourquoi ? « D’abord car la crue n’était pas très haute et ensuite, légalement, nous n’avions pas le droit de le faire », explique l’élue. Un contrôle est en effet exigé après chaque utilisation. Les bassins ont donc dû être étudiés, contrôlés, notamment par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Alors se pourrait-il que la non-utilisation de ces bassins ait entraîné les inondations dans le pays de Montbéliard ? Pour l’élue au Département la réponse est non : « Ce n’était pas une crue exceptionnelle. C’est un phénomène de ruissellement qui a provoqué ce que nous avons pu voir dans le pays de Montbéliard… »

L'urbanisation aggrave la situation

Le phénomène de ruissellement s’oppose au phénomène d’infiltration. En clair, l’eau ne s’infiltre pas dans la terre, mais coule jusqu’au cours d’eau. Ce phénomène est d’autant plus important lorsque des constructions sont faites autour d’une rivière. Pour Bruno Haettel, responsable de la section scientifique de l’association SOS Loue et Rivière Comtoise, et également membre du Samu de l’environnement, « bétonner les bords des cours d’eau empêche l’eau d’aller dans les nappes phréatiques. Toute l’eau de pluie, qu’elle arrive sur les toits, sur la route ou sur les parkings va donc directement dans la rivière. » Et gonfle ainsi leur volume. En le suivant sur les abords du Gland au mois d’août, il avait mis en avant de nombreux problèmes de ce type. « Les eaux de pluie sont [qui plus est] souvent traitées comme des eaux usées et envoyées directement dans les systèmes d’assainissement, poursuit de son côté Katy Pojer, chef de projet et expert en assainissement collectif à l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Il est important de déconnecter le réseau des eaux pluviales de ce réseau des eaux usées, car avec ce surplus d’eau, les déversoirs d’orage sont de plus en plus utilisés. » Ce sont des systèmes « d’urgence » permettant de ne pas faire imploser les systèmes d’assainissement. Cependant, si leur utilisation devrait être occasionnelle, « ces débordements deviennent de plus en plus courant, même lors de petites pluies », déplore Katy Pojer.

Récupérer les eaux de pluie

Face à ces problèmes, des solutions existent et certaines ont même été mises en place dans l’Aire urbaine. D’abord, les noues d’infiltration végétalisées ; une sorte de fossé qui permettent à l’eau de s’infiltrer dans le sol et de remplir la nappe phréatique. Ce système a notamment été utilisé à Trémoins ou dans l’éco-quartier du Crepon à Vieux-Charmont. Autre solution, la récupération des eaux de pluie évitant ainsi qu’elles ne terminent dans les cours d’eau, comme le réalise la Ville de Belfort pour arroser ses plantes. « Ce sont de petites choses, pas très chères, et que l’agence de l’eau finance à hauteur de 50 %, assure Katy Pojer. Nous devons utiliser nos eaux de pluie différemment. » Ces solutions, faciles d’entretien et peu coûteuses, ont pourtant été mises en place depuis peu de temps. Au-delà de lutter contre les inondations, elles permettent également de lutter contre la pollution des cours d’eau.

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