Alstom : ce contrat canadien qui redonne de l’espoir à Belfort


La suspension du contrat ukrainien (lire notre article) avait fragilisé l’usine Alstom de Belfort. C’était du travail pour plusieurs années. Aujourd’hui, l’espoir renaît. Alstom fait partie d’un consortium sélectionné par les autorités de transport de Toronto pour une refonte de leur système. L’industriel français doit fournir de nouvelles locomotives.

La suspension du contrat ukrainien (lire notre article) avait fragilisé l’usine Alstom de Belfort. C’était du travail pour plusieurs années. Aujourd’hui, l’espoir renaît. Alstom fait partie d’un consortium sélectionné par les autorités de transport de Toronto pour une refonte de leur système. L’industriel français doit fournir de nouvelles locomotives.

« On peut voir l’avenir avec plus de sérénité ! » avoue André Fages, délégué syndical CFE-CGC, à l’usine Alstom de Belfort. Metrolinx, l’opérateur de transport dans la Région du Grand Toronto et de Hamilton, a signé un accord avec le consortium ONxpress Transportation Partners, pour un « projet de travaux sur le corridor ferroviaire, d’une valeur de plusieurs milliards de dollars, visant à transformer la mobilité collective » de ce territoire a annoncé Alstom dans un communiqué de presse, en date du 19 avril. Le consortium est l’unique opérateur encore en lice pour ce projet. Pendant un an, ils vont le peaufiner, afin de signer le contrat au printemps 2023. Alstom devra notamment fournir une centaine de locomotives électriques, mais aussi électrifier le réseau via un système de caténaire.

Dans cette phase de développement, l’industriel n’a pas communiqué sur la répartition de la charge entre les différentes entités d’Alstom. « Il y a deux ans de travail pour définir la solution ferroviaire », précise un porte-parole de l’industriel. « Nous n’en sommes pas encore à dire les sites [qui travailleront] », ajoute-t-il. C’est « trop prématuré », complète cette même source, confirmant toutefois que Belfort « est un centre mondial d’excellence pour les locomotives ».

Selon nos informations, les équipes belfortaines ont pourtant ardemment travaillé sur ce dossier pour présenter les avantages des solutions imaginées dans la cité du Lion. Dans cette concurrence entre sites du groupe, on a craint que l’usine allemande de Bombardier damne le pion à Belfort, autour de la locomotive Traxx. Leur proposition était finalement plus chère, témoigne une source en interne. Au départ du projet canadien, on envisageait aussi de répondre à l’offre en proposant des trains Regiolis, du réseau TER. Les équipes belfortaines ont démontré l’intérêt de recourir à des locomotives et ont proposé une « solution plus performante » permettant notamment de conserver toute la flotte de voitures à tracter déjà existante, donc de réduire la facture finale pour l’opérateur.

Des investissements à Belfort

« Une centaine de locomotives sont programmées », annonce quand même Eddy Cardot, de la CGT. Elles seront chargées de tracter des voitures de passagers, à l’image du RER circulant en Ile-de-France. La charge est également projetée dans les ateliers belfortains. « C’est dans les prévisionnels », témoigne Eddy Cardot, qui évoque une présentation faite aux salariés il y a quelques semaines.

Selon nos informations, le début de la fabrication est prévu, pour les pré-séries, en juillet 2024. Les deux premières locomotives devraient être livrées au printemps 2025, selon l’actuel calendrier. Et la fabrication « à la chaine » débutera en janvier 2026, au rythme de 2 locomotives par mois, soit 24 par an. « On peut donc projet du travail jusqu’en 20230 », calcule André Fages. « Ce qui est présenté aujourd’hui est positif », approuve Alain Lugenbuhler, de la CFDT. « Ce n’est pas encore gravé dans le marbre », tempère-t-il. Il faudra aussi gérer « le creux de charge », prévient Alain Lugenbuhler, envisagé en 2025. Un creux lié à la production des pré-séries, de leurs tests en conditions réelles et au lancement de la phase industrielle.

Des voix relèvent, discrètement, que le plan de charge de Metrolinx est « meilleur » que celui de l’Ukraine, car il est plus linéaire et correspond beaucoup mieux aux moyens et capacités de production de l’usine. Alain Lugenbuhler, de la CFDT, redoutait l’exécution du contrat ukrainien, avec « des conditions de travail exécrables ». Côté outils de production, l’usine a enregistré un plan d’investissement ambitieux. Sur l’année comptable qui s’ouvre, on annonce 4,5 millions d’euros d’investissement à Alstom Belfort, selon nos informations, dont 3 millions d’euros dans l’outil productif. « C’est un signe fort », apprécie André Fages. Alors que le site a failli fermé en 2016, « le discours a changé en interne », confirme Eddy Cardot. « C’est programmé mais il faut que cela se concrétise », modère Alain Lugenbuhler. Et Eddy Cardot d’alerter encore sur l’urgence de recruter, notamment des soudeurs, alors que des départs à la retraite sont programmés prochainement.

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